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[Critique] »La fille de Brest », Emmanuelle Bercot filme le scandale du Mediator, au plus près des corps souffrants

[Critique] »La fille de Brest », Emmanuelle Bercot filme le scandale du Mediator, au plus près des corps souffrants

22 novembre 2016 | PAR Olivia Leboyer

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Emmanuelle Bercot dissèque le scandale du Mediator, en filmant au plus près des corps. Sidse Babett Knudsen et Benoît Magimel nous touchent. Le film sort demain.

[rating=3]

Sidse Babett Knudsen (Borgen) pour incarner Irène Frachon ? C’est à Catherine Deneuve (qu’ Emmanuelle Bercot a dirigée dans Elle s’en va et La Tête haute) que l’on doit cette jolie trouvaille : au cours d’un dîner, elle a suggéré à Emmanuelle Bercot, qui peinait à trouver une interprète pour le rôle, cette formidable actrice danoise, beauté sérieuse et volcanique. Une danoise ancrée en Bretagne ? Le petit décalage passe très bien, tout le film soulignant la force des préjugés et l’importance des environnements, familial, socio-professionnel, régional, etc. C’est ce talent pour décrire les atmosphères qui fait la singularité de La Fille de Brest.

Thriller hollywoodo-breton, un peu de guingois, le film nous raconte par le menu les efforts d’Irène Frachon pour dévoiler le scandale du Mediator. Pneumologue inconnue, méprisée par les pontes parisiens, elle paraît peu armée pour affronter le cynisme redoutable des laboratoires pharmaceutiques. Mais il se trouve que cette femme anonyme, d’un seul coup, se révèle une passionnaria extraordinaire, tout en énergie. En plus, elle prend remarquablement la lumière. A ses côtés, un chercheur (Benoît Magimel, simple et très émouvant), qui effectue les tests, rédige l’article-dynamite mais qui joue très gros pour sa carrière, là où Irène Frachon n’a rien à perdre. Alors, peu à peu, il va reculer lorsqu’elle continue de tracer sa route de justicière. Les rapports, ambigus, entre Irène Frachon et son collègue Antoine Le Bihan (le nom du vrai chercheur a été changé) sont décrits avec finesse. Tonitruante, la belle Irène en fait des tonnes, portée par une famille Kinder aimante et forte, là où, chez Le Bihan nous percevons des failles, des choses tues, des renoncements. Constamment arc-bouté sur un faux rythme étonnant, fait de rebondissements et de plages de mélancolie, le film bataille vaillamment contre l’inhumanité des labos, et montre frontalement les corps en déréliction, sans rien cacher des ravages du médicament.

Avec son petit côté Erin Brockovich meets Miossec, La Fille de Brest vaut le détour.

La Fille de Brest, d’Emanuelle Bercot, France, 2016, 2h08, avec Sidse Babett Knudsen, Benoît Magimel, Isabelle de Hertogh, Gustave Kervern. Sortie le 23 novembre 2016.

visuels: affiche, photo et bande annonce officielles du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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