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[Critique] « L’hermine » : Fabrice Luchini dans un film d’une absolue délicatesse

[Critique] « L’hermine » : Fabrice Luchini dans un film d’une absolue délicatesse

21 novembre 2015 | PAR Gilles Herail

Les retrouvailles de Fabrice Luchini et Christian Vincent, 25 ans après La discrète, nous offrent un moment délicat, raffiné, d’une grande sensibilité. La passionnante chronique d’un procès d’assises se mêle avec beaucoup de finesse à la chronique d’un trouble amoureux. Au sein d’un film d’une rare élégance.

[rating=4]

Extrait du synopsis officiel: Michel Racine est un Président de cour d’assises redouté. Aussi dur avec lui qu’avec les autres, on l’appelle  » le Président à deux chiffres « . Avec lui, on en prend toujours pour plus de dix ans. Tout bascule le jour où Racine retrouve Ditte Lorensen-Coteret. Elle fait parti du jury qui va devoir juger un homme accusé d’homicide. Six ans auparavant, Racine a aimé cette femme. Presque en secret. Peut-être la seule femme qu’il ait jamais aimée.

Les saveurs du palais démontrait déjà tout le savoir-faire de Christian Vincent, porte-étendard d’un certain cinéma français : populaire, réfléchi et raffiné. L’étonnante chronique du parcours de la cuisinière de Mitterrand (interprétée par Catherine Frot) avait convaincu la critique et séduit 1 million de spectateurs en salles. On retrouve dans son nouveau film cette délicatesse, ce refus de l’émotion facile et du trait grossier. Qui font de l’Hermine une des plus belles surprises françaises de l’année. La caméra de Christian Vincent reste discrète pour mieux capter des moments sensibles, intimes, complexes. Le raffinement de l’écriture et de l’interprétation nous rappelle d’autres excellents grands cinéastes de l’humain. La veine sociologique des Jaoui-Bacri, la tendresse de Jean-Pierre Améris, la finesse de Claude Sautet. Christian Vincent impressionne également par sa capacité à sublimer ses acteurs, filmant comme jamais la grâce de Sidse Babett Knudsennt. Et offrant à Fabrice Luchini l’un de ses plus beaux rôles, qui lui permet de rester sobre, de sous-jouer, pour ne laisser passer que quelques moments de pure sincérité.

L’Hermine est un film de divertissement, d’émotions, qui réussit pourtant toujours à garder sa pudeur et sa sensibilité. Le script traite en parallèle le trouble des retrouvailles entre un homme et un femme et le récit d’une sombre affaire d’infanticide. Une histoire de doute, de remise en question, aussi bien intime que judiciaire. La chronique d’assises retranscrit avec beaucoup de justesse cet étonnant théâtre institutionnel, qui met en scène l’autorité de la justice et la démocratie dans ce qu’elle a de plus essentielle. L’hermine passe du temps avec ses jurés, qui forment un concentré de société française. Des hommes et des femmes sélectionnés par le tirage au sort, d’origines, de niveaux d’études, de milieu social et de caractères différents. Qui nous offrent la possibilité de voir une France en petit. Que Christian Vincent décrit sans condescendance, saisissant au contraire les interactions maladroites ou enthousiastes de ce groupe qui n’aurait jamais du se rencontrer. Et va devoir prendre une décision cruciale, en leur âme et conscience.

Il fallait beaucoup de doigté pour équilibrer le récit, entre le portrait d’un homme qui se ré-ouvre à l’émotion, le jeu de séduction, et la chronique judiciaire. Christian Vincent réussit pourtant incontestablement ce tour de force, en conservant à tout instant cette absolue délicatesse qui le caractérise. L’Hermine se conclut sur une scène magnifique, une note intime qui réunit les différentes histoires. Une simple lecture du serment des jurés, où Luchini nous fait comprendre la force de chaque mot et la beauté d’un texte d’une grande puissance. Une conclusion à l’image d’un film incroyablement raffiné. Du très beau cinéma.

Gilles Hérail

L’hermine, un film français de Christian Vincent avec Fabrice Luchini et Sidse Babett Knudsen, durée 1h38, sortie le 18 novembre 2015

Visuels : © photos officielles et affiches officielles des films
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Gilles Herail

One thought on “[Critique] « L’hermine » : Fabrice Luchini dans un film d’une absolue délicatesse”

Commentaire(s)

  • Matthias Turcaud

    L’histoire du procès n’intéresse que modérément, en revanche les scènes entre Sidse Babett Knudsen et Fabrice Luchini sont éclatantes et bouleversantes.

    février 11, 2016 at 22 h 21 min

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