Opéra
Juan Diego Florez à la Philharmonie : generosissimo !

Juan Diego Florez à la Philharmonie : generosissimo !

21 novembre 2015 | PAR Géraldine Bretault

Après le choc, la douleur et le climat anxiogène qui s’est abattu sur la France depuis les attentats du 13 novembre dernier, il va nous falloir réapprendre à vivre en apprivoisant un quotidien imprévisible. Emboîtant le pas à Bastien, je retourne en concert, non sans appréhension, ni questionnement. Je me surprends à remercier intérieurement le ténor Flórez d’avoir maintenu sa participation dans ces circonstances. Étrangement, pour la première fois ce soir, la lourde structure aux faux-airs de bunker imaginée par Nouvel me semble légère…

Sur une scène vide, à l’exception du seul piano à queue, le ténor péruvien Juan Diego Florez a fait son entrée suivi du pianiste Vincenzo Scalera, qui l’accompagne régulièrement. En français, il a fait savoir que la Chanson triste de Henri Duparc était dédiée aux victimes des attentats du vendredi 13 novembre.

Avec une aisance déconcertante, Florez chante pour un public conquis, la main parfois glissée à l’intérieur de sa veste. L’Invitation au voyage, ponctuée de ces mots apaisants, « luxe, calme et volupté », cède ensuite la place à une légèreté toute mozartienne, qui s’empare de la Grande Salle : Florez éblouit par sa virtuosité dans « Il mio tesoro intanto ». Sa maîtrise est indéniable, et son plaisir sur scène palpable.

Pendant l’entracte, des congass ont trouvé place sur scène, ainsi que des pupitres : Florez et Scalera sont rejoints par trois comparses.

Dès les premières notes de mandoline, sous les doigts de fée d’Avi Avital, la salle embarque pour l’Italie, emportée par des airs populaires comme ceux de Ruscel, Bixiu. Florez jouera même quelques accords de guitare acoustique, aux côtés d’une accordéoniste et d’un percussionniste. Les bravos fusent après chaque air, et la salle tout entière s’embrase pour un « o sole mio » qui réchauffe les cœurs.

Le récital d’hier soir était une parfaite illustration du projet même de la Philharmonie : proposer une offre culturelle diversifiée mais de qualité, réunir les publics autour de toutes les musiques du monde. Juan Diego Florez a offert à son public le meilleur de lui-même, dans un répertoire éclectique, accessible à tous, et non sans une certaine décontraction sur scène. Né à Lima, fils d’un chanteur populaire, le ténor acclamé sur les scènes du monde entier n’a jamais ses racines. D’ailleurs, il n’hésitera pas à tomber le nœud papillon pour offrir un vibrant rappel….!

Visuels : © Trevor Leighton, Decca.

Madame Bovary, pièce de théâtre de Flaubert, écrivain du 21e siècle
[Critique] « L’hermine » : Fabrice Luchini dans un film d’une absolue délicatesse
Géraldine Bretault
Diplômée de l'École du Louvre en histoire de l'art et en muséologie, Géraldine Bretault est conférencière, traductrice et rédactrice dans le secteur culturel, collaboratrice régulière de l'ICOM, des Rencontres d'Arles, de la revue de design Etapes. Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France et du Syndicat de la critique de théâtre, musique et danse, elle a rejoint l'aventure de Toute La Culture en 2011, autour des rubriques Danse, Expos et Littérature. Elle a par ailleurs séjourné à Milan (2000) et à New York (2001, 2009-2011), où elle officiait en tant que Docent au Museum of Arts and Design et au New Museum of Contemporary Art.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *