Cinema
Nadia Paschetto, directrice du Arras film festival : « Le cinéma est loin d’être mort »

Nadia Paschetto, directrice du Arras film festival : « Le cinéma est loin d’être mort »

08 novembre 2022 | PAR Julia Wahl

Eric Miot et Nadia Paschetto sont respectivement directeur général et directrice du Arras film festival. Iels évoquent avec nous l’édition 2022, mais aussi le retour en salles du public.

Pouvez-vous présenter la spécificité de cette édition ?

Eric Miot : Il n’y a pas de bouleversement majeur dans cette édition : on était plutôt dans une volonté de retrouver notre public. L’objectif premier, après une édition un peu particulière l’an dernier (avec les masques etc) était de voir si on parvenait à recréer un désir. Sinon, le point sur lequel on peut vraiment appuyer, aujourd’hui, c’est le volet professionnel.

Nadia Paschetto : La nouveauté, cette année, c’est le renforcement de la plateforme de coproduction Arras Days. On a passé un cap l’année dernière. On a souhaité renforcer cet aspect-là, inviter un pays d’Europe de l’Est en priorité, puisque c’est quand même notre spécificité ici à Arras. Cette année, c’est la Slovénie et on va présenter le dimanche à la deuxième journée des Arras Days cinq projets slovènes sans compétition aucune. Il y aura deux work in progress et trois projets en développement, l’idée étant pour les projets sélectionnés de rencontrer des producteurs français, créer du réseau, créer des mariages.

Et puis il y a la question de l’ancrage régional : le cinéma s’est beaucoup développé dans la région et on s’est dit qu’il fallait aider les jeunes réalisateurs qui ont fait des courts à passer au long-métrage. On a donc mis en place en ouverture des Arras Days une table ronde sur la thématique du premier film. Il y a des gens qui ont du talent dans notre région, il y en a qui ont bien percé comme Bruno Dumont, mais il y en a d’autres. Du coup, notre idée, c’est de voir si on peut faire quelque chose pour eux.

En voyant le film d’ouverture, j’ai le sentiment que c’est important également pour le public de pouvoir s’identifier à des films faits localement.

NP Dès le départ, on a voulu être une vitrine de ce qui se fait en région. Je pense qu’il y a une fierté et un sentiment d’appartenance du public.

EM Oui, on l’a vu lors de la cérémonie d’ouverture, il y a une forme de communion entre les gens de la région [voir notre article ici]. Après, les spectateurs ont surtout envie qu’on leur raconte des histoires positives et, dans la sélection, on a beaucoup de films qui racontent des histoires de gens qui vont au bout de leur passion et c’est une idée forte qu’on avait envie de véhiculer.

On sait par ailleurs que c’est difficile depuis le COVID pour l’ensemble des salles de cinéma. Est-ce que vous avez l’impression que, pour cette édition, le public est au rendez-vous ?

EM Oui, c’est une évidence. J’ai présenté plusieurs films dans la journée, j’ai vu tout le temps des salles pleines. Sur Les couleurs de l’incendie de Clovis Cornillac, par exemple, on a refusé du monde. Il y a une envie forte de cinéma et cette envie forte de cinéma, qui est propre à un festival comme celui-ci, il faudrait qu’elle se passe toute l’année.

A ce propos, vous vous occupez de l’association Plan séquence tout au long de l’année, est-ce que vous avez l’impression que le redémarrage du cinéma hors des temps de festival, après la COVID, reste compliqué ou que ça se dessine de façon un peu plus heureuse que l’an dernier ?

NP Je trouve qu’il y a un regain depuis la rentrée. Je voudrais juste revenir sur une chose, c’est qu’on s’est rendu compte qu’on voit émerger un public qui est plus jeune. Nous, on a été agréablement surpris, parce qu’on parle souvent du vieillissement du festivalier et du cinéphile. A priori, il y a un engouement et, surtout, pour avoir interrogé certains jeunes sur leur motivation, ce qui importait, c’était de retrouver du lien social. Je trouve cela vraiment très positif. Il faut qu’on le dise : le cinéma est loin d’être mort. On peut très bien regarder des séries sur une plateforme et continuer à aller au cinéma, l’un n’empêche pas l’autre.

EM D’où l’importance quand même de l’éducation des jeunes. C’est vrai qu’on travaille toute l’année sur des publics étudiants ou lycéens. Le dernier Ciné-Droit [projections à destination des étudiants de la fac de droit de Douai], c’était Sympathie pour le diable [de Guillaume de Fontenay] qui n’est pas un film qui a très bien marché en salle et c’était complet ! Toutes les actions qu’on a menées depuis le début de l’année, c’est plein et c’est jeune. Les gens ont envie d’écouter, de participer à des débats.

NP Je crois qu’il faut être actif, qu’il faut aller les chercher. Le monde a changé, je crois que ce que l’on faisait il y a encore dix ans où on attendait la sortie du mercredi, c’est fini. Donc il faut faire des partenariats, inventer des choses, aller chercher les gens. A chaque fois qu’il y a un invité, un débat, les salles sont remplies.

 

Le Arras film festival se déroule au Mégarama et au Casino d’Arras jusqu’au 13 novembre.

 

Crédits : ©Léa Rener

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Julia Wahl
Professeure de lettres durant dix ans, chargée de production de diverses compagnies de danse ou de théâtre, chargée d'action culturelle et des relations publiques... Tout ce qui a trait à la promotion de la culture et au développement de ses publics me passionne. Parce que l'on ne peut voir un spectacle sans vouloir transmettre ses émotions, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

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