Cinema
La Mif, passionnante plongée dans un foyer d’accueil, récompensée à l’Arras Film Festival

La Mif, passionnante plongée dans un foyer d’accueil, récompensée à l’Arras Film Festival

21 novembre 2021 | PAR Geoffrey Nabavian
Fiction que l’on sent tissée à partir de beaucoup d’éléments tirés de véritables vécus, La Mif a la judicieuse idée d’adopter une forme éclatée, qui amène sa vérité à surgir naturellement. Un film lauréat de l’Atlas d’argent au terme de l’édition 2021 du Festival du Film européen d’Arras.
Signé par le suisse Fred Baillif, coréalisateur de Tapis rouge, La Mif prend pour héroïnes plusieurs jeunes filles, de tous horizons, vivant au sein d’un foyer d’accueil, ainsi que Lora, la directrice de l’établissement, revenant d’un arrêt maladie. Lora, qui gère du mieux qu’elle peut l’équipe d’éducateurs très volontaires du lieu – tous charismatiques et avec du caractère – doit faire face à des faits que l’administration au-dessus d’elle lui reproche et qualifie de négligences, et dissimule en fait les drames qui l’habitent. Lora, dont l’existence est mise en miroir avec celles des jeunes adolescentes dont elle essaye de s’occuper.
 
On l’aura compris, La Mif constitue une fiction sous-tendue par une vraie trame, avec un point d’arrivée. Cependant, pour parler de vies pas très droites, de destins mouvementés – parfois tragiquement – et de place à trouver dans un monde et une société, le film choisit judicieusement d’adopter une structure non-linéaire. Il donne à connaître à tour de rôle chaque protagoniste via des suites d’instants, d’éclats de vie, qui de temps à autres se croisent via de courtes répétitions de scènes. Les personnages, ici, sont joués par des interprètes non professionnels, incarnant des figures aux existences très proches des leurs – selon les dires du réalisateur suite à la présentation de son film dans le cadre de la Berlinale 2021 – tous irradiants, à l’image. Cette absence de structure narrative lourde apparaît comme un choix très judicieux tant elle laisse tout l’espace aux séquences pour toutes, individuellement, déborder de vie, tout en avançant vers un point d’arrivée dévoilé seulement tout à la fin, donc pas souligné jusqu’à l’écoeurement.
 
L’autre élément qui participe à l’intelligence du film est son montage, qui sait rendre les scènes courtes tout en leur permettant de livrer ce dont elles sont porteuses, de façon pas superficielle. La Mif apparaît au final comme une grande suite d’éclats d’existences. Si cette forme ne protège pas le film de quelques maladresses – une apparence trop fragmentaire à quelques moments, notamment – il n’en reste pas moins qu’un tel choix permet à tous les thèmes abordés en arrière-plan de s’imposer à part égale.
 
Au final, par-delà ces judicieux partis-pris de conception, c’est aussi la force des histoires données à connaître, des destins peints, qui passionne et émeut. Tous figurés sans détour mais sans complaisance ni misérabilisme, ils profitent de la brièveté des scènes pour vivre à l’écran, pour se dévoiler dans toute leur réalité tragique. Si l’on s’émeut, on goûte aussi le temps que nous laisse le film pour réaliser dans quelle mesure ces vies affectent les jeunes filles qui les traversent. Et de quelle façon elles tentent de se fortifier en vivant ensemble, et sous l’impulsion des éducateurs, que l’on voit au coeur de leur travail, au fil du film. Un beau chant d’amour triste, au final, pour plusieurs vies, parfois très abîmées.
 
Au terme du Festival du Film européen d’Arras, édition 2021, La Mif a remporté l’Atlas d’argent. Il sortira dans les salles de cinéma françaises distribué par L’Atelier Distribution.
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Visuel : affiche du film
 
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Azul : Les tableaux d’Antonio Da Silva
Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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