Cinema

[BERLINALE] L’autre côté de l’espoir : Kaurismäki engagé pour les réfugiés

[BERLINALE] L’autre côté de l’espoir : Kaurismäki engagé pour les réfugiés

15 février 2017 | PAR William Meignan

Après son dernier film Le Havre en 2011, Aki Kaurismaki présente à la Berlinale la première de L’autre côté de l’espoir (Toivon tuolla puolen), deuxième film de son officieuse trilogie sur l’exil. 

Aki Kaurismäki, bientôt 60 ans, est un homme constant à la fois dans son engagement et dans son cinéma. Découvert, il y a presque trente ans avec Leningrad Cowboys Go America (1989), le réalisateur nous offre cette année un film sur le thème de l’immigration. Ce film tragi-comique aux allures minimaliste rappelle un sombre tableau de Edward Hopper, entre autres, grâce au format 35mm qui donne une superbe profondeur aux images.

Khaled est un jeune syrien candidat à l’asile. Après un parcours kafkaïen dans l’administration finlandaise, il finit par voir sa demande rejetée et décide de s’enfuir pour tenter sa chance dans l’illégalité. Wilkström est un vieux finlandais, qui lassé par la monotonie, décide de quitter sa femme et son travail. Il ouvre alors un restaurant aux employés drôlement apathiques.

Le chemin de ces deux personnages se croise et Wilkström embauche Khaled illégalement dans son restaurant. Une relation cocasse et laconique dictée par le bon sens et la survie va alors commencer, sans jamais tomber dans le pathos. Au travers de ces deux personnages, le réalisateur a une visée plus grande : c’est une ode à l’humanité et la solidarité qu’il nous offre.

Les scènes burlesques vont suivre les tristes tableaux exposant la bêtise d’un nationalisme violent pour finalement présenter une cynique critique de la société finlandaise. En conférence de presse, Kaurismäki explique révolté l’état de la société finlandaise : « La Finlande est un pays de 5 million d’habitant. Il y a eu 30 000 personnes qui prétendent à l’asile et certains croient que nous sommes en guerre. Pour moi c’est une attitude intolérable. »

« Aujourd’hui, le réfugié c’est lui, demain ce sera toi »

Aki Kaurismäki

 

Loin de s’arrêter à la Finlande, la critique du réalisateur vise toute l’Europe. « C’est un drôle d’endroit que l’Europe. Il y a soixante ans nous avions plus de 60 millions de réfugiés. À l’époque, nous les aidions, maintenant plus. »

Grâce à son film, le génialissime réalisateur, aussi cynique que ses films, explique qu’il « essaye simplement de faire en sorte que les trois personnes qui verront ce film comprendront que nous sommes tous les mêmes. »

Nous attendons donc avec impatience les résultats de la compétition. Mais il y a peu de doute, L’autre côté de l’espoir, esthétiquement sublime et résolument engagé, ne repartira pas les mains vides.

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