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Cannes 2022, jour 4 : thriller à la coréenne et l’Égypte par Tarik Saleh

Cannes 2022, jour 4 : thriller à la coréenne et l’Égypte par Tarik Saleh

21 mai 2022 | PAR Yaël Hirsch

C’est de nouveau sous un soleil de plomb que Toute La Culture a déambulé sur la Croisette. La journée était riche, les propositions diverses. 

Le matin, juste avant la conférence de presse royale de Armageddon time, certains d’entre-nous sont allés rattraper le film en salle Lumière. Verdict ? Nous sommes majoritaires chez Toute La Culture à décerner la palme du premier grand film vu lors de cette 75e édition à ce morceau autobiographique de James Gray. Lire notre chronique

À 11h00, fort de notre admiration pour son jeu dans Les Harkis de Philippe Faucon, nous avons interviewé Théo Cholbi, qui montait les marches le soir même pour La Nuit du 12 de Dominik Moll. Il nous parlé de son premier rôle d’homme dans Harki et de sa musique, avec un album de son groupe Süeür à paraître en octobre. C’est Sylvain Lefèvre qui nous a accompagné pour photographier cet acteur et musicien à suivre. 

Tarik Saleh face aux institutions religieuses

Pour la première fois en compétition à Cannes, le cinéaste suédois d’origine Égyptienne Tarik Saleh bouscule la Croisette avec un thriller d’espionnage influencé par le travail de John Le Carré, prenant place au cœur d’une grande école religieuse égyptienne. Il y expose la corruption et les mouvements religieux extrémistes avec une grande acuité, n’épargnant personne dans sa dénonciation du pouvoir. Il est arrivé au Grand Théâtre Lumière accompagné de ses acteurs, dont le brillant Fares Fares, figure familière de sa filmographie. À l’issue de la séance, l’équipe du film a été longuement applaudie, provoquant un torrent d’émotion chez le cinéaste.

Un certain regard porté sur le Japon et la Tunisie

Du côté de la section parallèle Un certain regard, on s’est d’abord aventuré dans une société japonaise au sein de laquelle l’euthanasie pour les personnes âgées de plus de soixante-quinze ans est promue, du moins proposée par un programme public. Ce Plan 75, premier long de la réalisatrice Chié Hayakawa, nous est apparu au final hélas comme trop long et dispersé : attention trop insistante mise sur des détails peu utiles, personnages centraux trop nombreux… Il nous a semblé que le film glissait au final sur son sujet.

L’impression n’a pas été la même avec Harka, de Lotfy Nathan : cette chronique sociale triste de la Tunisie contemporaine remplit son contrat niveau alerte sur situation critique, et côté portrait d’une jeunesse en colère. Mais elle se révèle fine sur ce dernier point, donnant notamment à suivre des interprètes totalement habités, qu’il s’agisse d’Adam Bessa, rôle central, ou d’Ikbal Harbi, qui joue sa plus jeune sœur avec vivacité. Et surtout, le film se permet l’ajout d’éléments qui tirent son réalisme vers un peu de poésie, de façon très concluante, traduisant par exemple les pensées et les craintes de ladite sœur en des séquences avec voix-off méditatives et jolies.

George Miller sur le tapis et une histoire de génie sans grande folie

Le cinéaste australien présentait, hors compétition, Three thousand years of longing dans lequel Tilda Swinton voit débouler dans sa salle de bain Idris Elba en génie sorti de sa lampe. Si le film n’est pas dénué de poésie, l’ensemble est poussif et l’actrice en contre-emploi d’amoureuse indécise et ramollo.

Hunt, un thriller haletant menée à 200 à l’heure sur fond de guerre froide en Corée

La séance du lendemain, en salle Agnès Varda, a permis de voir Hunt, le premier film (hors compétition) de Jung-jae Lee, révélé dernièrement dans la série Squid Game. Si on s’accroche pour essayer de suivre les aventures des deux responsables rivaux de la sécurité de la Corée du Sud et leurs rebondissements, on est happé par le rythme délirant du film. Un concentré survitaminé de John Woo, James Bond et Mission Impossible avec son lot de bastons, fusillades et tortures. Immanquable si vous aimez le genre.

Le soir, célébration de trente ans de la programmation ACID Cannes

Sur la plage Mademoiselle Gray avait ensuite lieu la fête destinée à célébrer les trente ans de la présence de la programmation ACID au sein du Festival de Cannes, chaque année. Un ensemble de films, sélectionnés par des cinéastes, qui recèle chaque fois son lot de découvertes : on peut se remémorer les géniaux Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête ou Funambules, du grand Ilan Klipper, ou Vif-argent de Stéphane Batut,  ainsi qu’Aya, de Simon Coulibaly Gillard, programmé en 2021 et en salles bientôt. En cette année 2022, dans les rangs de cette section, se trouvent des révélations telles que 99 moons ou How to save a dead friend.

Avec son cadre agréable, et ses cocktails servis par des barmen experts pour totalement faire le show, jonglant littéralement avec bouteilles et shakers, cette fête a su offrir un moment vraiment détendant, transcendé en prime par DJ Hobbs, aux commandes de la musique ce soir-là. Expert à faire bouger les danseurs avec son choix de morceaux, il a tenté une parenthèse purement electro, d’une grâce absolue au final, vers une heure vingt. Enflammant ainsi le dancefloor avec cette séquence de mix, il ne lui restait plus qu’à balancer Mylène Farmer, Suprême NTM, « Bohemian Rhapsody » de Queen ou « Boys don’t cry » de The Cure pour marquer définitivement les esprits présents.

Visuel Une : © GN

Paris Print Fair, un bel hommage à l’estampe
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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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