Cinema
[Cannes 2021, Acid] Aya, subtile peinture d’une existence sur une île mangée par la mer

[Cannes 2021, Acid] Aya, subtile peinture d’une existence sur une île mangée par la mer

30 juillet 2021 | PAR Geoffrey Nabavian

Vivant sur l’île de Lahou-Kpanda en Côte d’Ivoire, la jeune Aya tente de se découvrir une voie sans oublier le territoire dont elle est issue. Une terre appelée à être submergée, victime du réchauffement climatique… Un film en suspension entre plusieurs temps, montré au Festival de Cannes en clôture du cycle de projections organisé, comme chaque année, par l’ACID.

Habitant l’île de Lahou-Kpanda en Côte d’Ivoire, Aya est une adolescente qui vit son existence entre rêves d’avenir, disputes parfois avec sa mère, attirance pour certains garçons qu’elle croise… Mais surtout, elle paraît porter en elle l’essence du territoire insulaire sur lequel elle vit : la nuit, elle fait des rêves évoquant le passé de cette terre, et les fantômes de ceux qui y ont vécu avant elle. A son réveil, lorsque le jour se lève, elle écoute ensuite sa famille, le voisinage et ceux qu’elle est amenée à croiser parler de la disparition à venir de l’île, autour de laquelle l’océan monte très dangereusement, année après année.

En recourant à des procédés très simples, en se contentant de cadrer son sujet sans être alarmiste et sa protagoniste sans vouloir faire passer des messages engagés à travers son itinéraire, le réalisateur Simon Coulibaly Gillard signe un drame attachant et juste. Une œuvre présentée dans le cadre de la programmation ACID Cannes 2021, imaginée par des cinéastes-programmateurs, et ayant donné à découvrir aussi aux festivaliers les films Ghost Song, Soy libre et Vedette, ainsi que cinq autres productions, n’ayant pas encore parfois de distributeur et donc montrées au Festival avec pour but ce type de débouchés. Aya use ainsi par exemple de sa photographie – signée par le réalisateur lui-même – afin d’introduire des nuances dans son atmosphère : elle parvient à rendre, lors des scènes se passant en journée, à la fois la chaleur de l’environnement où se passe le récit, et sa dureté parfois. Elle donne à atteindre une part de l’âme de ce lieu.

Les teintes que la photographie livre font ressortir les couleurs que l’on aperçoit au sein de l’île filmée, des couleurs qui semblent gorgées de soleil. On sent aussi en elles, étrangement, la mer toute proche, à la fois belle et bienfaitrice parfois, mais aussi très menaçante… Et lors des séquences se passant la nuit, ce travail sur la photo donne également au cadre décrit du relief, amené cette fois jusqu’au sacré : les couleurs, à l’image, paraissent imprégnées par le passé des lieux peints et par leurs fantômes. Sur l’écran s’affiche ainsi le résultat du patient travail du réalisateur sur l’endroit qu’il désirait décrire, travail un peu détaillé par lui lors du débat d’après-projection, ayant clôturé le cycle ACID Cannes 2021. Un résultat qui apparaît avoir pas mal de valeur : de manière sensible, des pans de l’âme de l’île semblent donnés à rencontrer. Tout le contexte, à la fois réaliste, tragique et solaire aussi parfois, peut ainsi être ressenti sans scènes appuyées.

Aya apparaît au final comme un film sur le parcours d’une jeune héroïne profondément attachée à l’essence de l’endroit où elle vit, que différentes personnes et faits l’encouragent à quitter. Afin de bien s’accorder avec sa forme, faite d’images plus sensibles qu’explicatives, le scénario progresse via des micro-événements, sans dramatisation très cadrée. Tant mieux : il laisse ainsi tout le temps aux images, très chargées en vie, de respirer. On s’attache ainsi tout naturellement à la protagoniste centrale, et à sa jeune interprète Marie-Josée Kokora, humaine tout simplement, à l’écran. Et si le film donne à rencontrer des âmes vivantes, au final, la manière dont il use des procédés cinématographiques apparaît, elle aussi, porteuse de beaucoup d’âme.

Aya est présenté au Festival de Cannes 2021 dans le cadre du cycle de projections ACID Cannes 2021. incluant à ses côtés les projections des films estampillés ACID Cannes 2020.

Du 8 octobre au 27 novembre, les films de cette programmation ACID Cannes 2021 seront à découvrir dans plusieurs villes de France.

Retrouvez tous nos articles sur les films du Festival dans notre dossier Cannes 2021.

Notre avis sur le Palmarès de la Compétition de Cannes 2021 est à découvrir ici.

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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