Cinema
[Cannes 2021, ACID] : « Soy Libre », un bouleversant premier documentaire de Laure Portier

[Cannes 2021, ACID] : « Soy Libre », un bouleversant premier documentaire de Laure Portier

11 juillet 2021 | PAR Anne-Christine Caro

Dans Soy Libre son premier long-métrage documentaire, Laure Portier suit son frère dans ses errances comme dans ses fulgurances. On rit, on pleure, on est totalement happé. Voici un film et une réalisatrice à découvrir absolument !

On ne va pas vous mentir, on est allé voir ce film en n’en attendant rien. Pour être honnête, on a même vérifié la durée avant d’entrer dans la salle, 1 heure 18 très exactement, histoire de savoir où on mettait les pieds et de ne pas se sentir pris en otage du potentiel interminable premier film documentaire familialo-expérimental. Il n’en est rien, « Soy Libre » est un film palpitant qui nous tient en haleine et en émotion du début à la fin.
Ici, Laure Portier suit son frère Arnaud Gomez. Il y a aussi une merveilleuse apparition de sa grand-mère, Jacqueline Puygrenier qui était déjà l’héroïne de son premier court-métrage documentaire, Dans l’œil du Chien (Prix du court métrage au Festival Cinéma du Réel 2019). Bref, une vraie histoire de famille !
C’est en 2005 que Laure Portier commence à filmer son frère. Alors qu’elle entre en école de cinéma à Bruxelles, lui entre en centre éducatif fermé. Deux vies parallèles dont elle tisse les liens en plans serrés. Elle donne aussi une caméra à son frère qui documente parfois son quotidien et lui envoie des rushs jusqu’en janvier 2020. Quinze années de vie et d’images donc, qu’elle nous livre en pointillés, avec comme fil conducteur les dessins si puissants d’Arnaud Gomez.
« Je n’aime pas l’idée de jouer avec la vie des gens » dit Laure Portier, et en effet, jamais elle ne tombe dans ce travers. L’écueil était pourtant là, mais ni larmoyant, ni voyeur, « Soy Libre » garde toujours la juste distance, le juste ton, tout en nous emmenant dans les profondeurs de ce que traverse Arnaud.

Il y a des moments drôles comme au début lorsqu’elle filme Arnaud qui semble un peu s’écouter parler et qu’elle le chambre direct « Qu’est-ce que tu crois ? Que tu vas passer a? la te?le? avec ce film, ou sur internet ? ». Tout est dit : la relation frère/sœur, les chamailleries, mais aussi la question de ce qu’est un documentaire, comment suivre quelqu’un et qu’il reste lui-même devant la caméra, comment ne pas l’instrumentaliser non plus.

« Je pense que le cinéma pourrait ne servir qu’à réinventer le réel, ou du moins proposer autre chose dans ce qui s’y passe (…) Je crois en l’ide?e que la manie?re de poser son regard sur une chose, une situation, et une personne peut en changer la forme» explique Laure Portier.
Vous êtes prévenus ! Bienvenue dans ce cinéma magique, performatif, au pouvoir infini.

L’ACID joue ici à plein son rôle de découvreur de talents, mettant en lumière de nouveaux regards. Cet acronyme qu’on connaît désormais surtout pour sa sélection cannoise pointue est au départ né d’un manifeste signé par plus de 180 cinéastes avec cette volonté : assurer la diffusion de films indépendants pour leur donner une chance d’être vus. Fondé en 1992, l’ACID veut dire cela, « Association du cinéma indépendant pour sa diffusion ».

On est ravi de ce choix, et on ne souhaite que ça au film, qu’il soit diffusé au maximum, c’est ce qu’il mérite, c’est une pépite !

Soy Libre de Laure Portier, Produit par Perspective Films, Documentaire – 78 min – 16/9 – couleur, Langue : Français, Espagnol, Pays de production : France, Belgique. Date de sortie à venir.

Visuel : Affiche du film

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Anne-Christine Caro

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