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[Cannes 2021] Jour 10 : L’Histoire de ma femme, Memoria, France et Haut et fort en Compétition

[Cannes 2021] Jour 10 : L’Histoire de ma femme, Memoria, France et Haut et fort en Compétition

16 juillet 2021 | PAR Yaël Hirsch

Ce n’est pas parce que le Festival touche à sa fin que le rythme ralentit, bien au contraire avec quatre films en compétition officielle aujourd’hui, nous avons pu avoir nos premiers échanges passionnés sur les pronostics

À 8 h 30, direction le Théâtre Croisette pour voir le film de clôture de la Quinzaine des réalisateurs. Mon légionnaire est le deuxième long-métrage de Rachel Lang, qui nous promène entre Corse où les femmes attendent leurs légionnaires et Mali où ils sont en mission. Avec Louis Garrel en lieutenant, Camille Cottin dans le rôle de sa femme et leur couple fait de deux jeunes ukrainiens mis à l’épreuve par les séparations et la discipline, le film traite d’un sujet passionnant mais manque de finesse dans ses dialogues et sa structure pour vraiment nous happer. Les paysages des missions ou les plages de Corse sont un beau décorum un peu vide pour des discours trop attendus. 

À 10 heures, au Cineum à Cannes, on a pu découvrir l’un des très bons films montrés au sein d’Un certain regard cette année : Freda, ou la radiographie de l’existence d’une jeune fille d’Haïti d’aujourd’hui, interprétée par une actrice débordante de vie et d’intensité, Néhémie Bastien.

À 11 h 30, nous étions en salle Lumière pour rattraper L’Histoire de ma femme, film en compétition de la hongroise Ildiko Enyedi. Gijs Naber, révélation du film, y incarne un capitaine de bateau qui prend femme en Lizzy (Léa Seydoux). Les longs voyages séparent le couple rapidement formé, mais quelque chose les tient ensemble autour duquel le film tourne élégamment et en costumes pendant 2h49. 

À 14 heures, le film en plusieurs segments de cette édition cannoise 2021 s’est dévoilé à nous : The Year of the Everlasting Storm parle de coronavirus et de confinement, à travers une suite de petits films courts tournés par des réalisateurs internationaux coincés chez eux. N’ayant pas pu tout voir, on pourra néanmoins affirmer avoir goûté le réalisme tranchant du segment signé Anthony Chen (réalisateur d’Ilo Ilo et de Wet Season) et la simplicité du film de Jafar Panahi, toujours frappé par une condamnation judiciaire quant à ses travaux de réalisateur en Iran.

À 15 heures, un bagage abandonné au dehors a retardé notre accès à la salle Claude Debussy, et notre découverte du nouveau film d’Hong Sang-soo, In Front of your Face. Un film projeté dans le cadre de la nouvelle section Cannes Première, et très réussi au final, car donnant à suivre comme toujours des scènes d’échanges de sentiments arrosés par d’innombrables verres d’alcool entre des cœurs en peine, mais plus fines et fluides que jamais.

À 16 heures, encore un moment de grâce, où le thaïlandais Apichatpong Weerasethakul nous emmène en Colombie sur les pas de Tilda Swinton réveillée par un grand bruit. Memoria est digne de la réputation du réalisateur ; contemplatif, beau et merveilleusement cadré et orchestré.

À 17 heures, toujours en compétition Léa Seydoux est (la) France dans le film que Bruno Dumont consacre à une journaliste contemporaine. À peine présente pour son mari (Biolay) et son fils, elle fait un saut de puce dans une zone en guerre par semaine pour se faire filmer en « reportage » par son caméraman « Lolo » et inviter deux spécialistes à parler d’un état du monde à son talk-show. Mais la fiancée des français entre en dépression, son assistante (Blanche Gardin) va-t-elle la sortir de là ? Les costumes sont canon, le maquillage épais, Seydoux, splendide mais au-delà de l’ironie sur l’icône, on se demande ce qu’est devenu le Dumont vraiment dérangeant.

À 20 heures, un rendez-vous très attendu a eu lieu : on a pu découvrir Belle, le nouveau long-métrage d’animation du japonais Mamoru Hosoda, programmé in extremis dans le cadre de la nouvelle section Cannes Première. Une intense réussite au final, montrant une jeune fille traumatisée par un deuil remarquablement mis en scène, s’évadant dans un monde virtuel – détaillé d’une façon totalement démente, à l’image – où elle devient une diva adulée. Et rencontrant bientôt, telle la Belle du conte, une Bête à aider. Une standing ovation a salué Mamoru Hosoda lors de son entrée dans la salle de projection, comme quelques jours plus tôt Oliver Stone, au sein de la même section.

À 21 heures, on a eu la chance de pouvoir assister à la projection d’Aya, dans le cadre de la soirée de clôture du cycle de projections organisées à Cannes 2021 par l’ACID, cycle rassemblant une dizaine de films sélectionnés pour leurs qualités par des réalisateurs émergeants. Un portrait d’adolescente très sensible, maîtrisé, et traversé par des instants de rêve et de bruissements du monde sauvage, qui suit une jeune fille vivant sur l’île de Lahou, en Côte d’Ivoire, île que la mer recouvre progressivement. Avec, à la réalisation, Simon Coulibaly Gillard.

À 22 h 30, c’est la montée des marches pour Nabil Ayouche et ses jeunes rappeurs de Casablanca. Plus proche du documentaire que de la fiction, Haut et Fort suit un cours de hip-hop dans un centre culturel. Sous l’égide d’un rappeur-prof mystérieux, un mélange de gamins religieux et de pas, de filles et de garçons, suit un cours de flow complémentaire à celui de la danse dans la MJC d’un quartier populaire de Casablanca. Face caméra, les jeunes chantent qui ils sont. C’est long, fastidieux, aucun personnage n’est creusé, les longs débats en classe sur la liberté et la religion enfoncent toutes les portes ouvertes et le tout est comme un épisode de Un, dos, tres sans intrigues amoureuses et pontifiant. La magie où le désir de vivre de l’héroïne de Much Loved vous prenait aux tripes mais n’opère pas dans ce nouvel opus. Sortie le 10 novembre 2021.

Enfin, la journée s’est finie avec la fête célébrant la clôture du cycle de projections organisées à Cannes 2021 par l’ACID, fête donnée dans le cadre très convivial du Café des cinéastes, ayant accueilli durant le temps du Festival les équipes des films projetés dans le cadre de ce cycle organisé comme chaque année par l’ACID, et les tables rondes dont ils étaient participants. Surplombant les rues très animées de Cannes et leurs bars bien remplis, on a pu se boire des verres de vin blanc ou rouge en parlant cinéma, et en devisant de l’édition actuelle du Festival avec les professionnels du milieu, dans une ambiance particulièrement conviviale.

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Visuel 1 : attente devant la salle Claude Debussy, inaccessible du fait d’un bagage abandonné © Geoffrey Nabavian

Visuel 2 : clôture du cycle de projections à Cannes des films sélectionnés par l’ACID en 2021 © Geoffrey Nabavian

Visuel 3 : fête de clôture de l’ACID, dans le cadre du Café des cinéastes © Geoffrey Nabavian

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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