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Cannes 2022, Acid – Grand Paris : voyage dans la banlieue de l’absurde

Cannes 2022, Acid – Grand Paris : voyage dans la banlieue de l’absurde

22 mai 2022 | PAR Yohan Haddad

Le premier film de Martin Jauvat propose un mélange fascinant entre comédie absurde et drame social, explorant les nouveaux chantiers du Grand Paris Express et des villes qui les accueillent.

Leslie et Renard sont deux potes un peu paumés de la banlieue parisienne. Le premier, trop ambitieux pour entreprendre quoi que ce soit, est en charge d’une mission laissée par un mystérieux dealer, Le Roi, qui le charge d’aller chercher quelque chose à l’autre bout de la région Ile de France. Dans son périple, il embarque son ami de toujours Renard, enfant bien loti se faisant passer pour un gros dur de cité, caché sous son survet’ rose fluorescent.

Sous se pitch en apparence banale, Martin Jauvat apporte à son film un flot d’humour absurde à de nombreuses reprises, faisant de ses personnages deux benêts perdus dans le cosmos de la banlieue, beaucoup trop imposant pour eux, eux qui sont habituellement attachés à leur cité. La première partie du film bénéficie d’un humour dévastateur qui utilise l’argot de cité pour créer une suite de situations rocambolesques, traînant ses personnages dans une ville éloignée des Yvelines, s’incrustant dans une soirée avec son lot d’adolescents pris entre les tourments de l’âge adulte et les complexes de l’adolescence. Répliques qui font mouche, quiproquos improbables, et confrontations sociales sont la recette de cette première partie de film qui séduit grandement.

Cette trace comique change de trajectoire à la rencontre du personnage de livreur/dealer interprété par William Lebghil. L’influence presque Coenienne de la première partie s’efface pour naviguer vers une suite de situations proches du buddy movie, voyant les protagonistes traverser l’Ile de France pour aller livrer des drogues, et par occasion du poulet, aux petits bourgeois de la banlieue éloignée de Paris. Toute cette verve comique s’évapore au contact du personnage interprété par Sébastien Chassagne, mi-théoricien du complot, mi-archéologue, mi-agent de la RATP, qui entraîne ses collèges dans une grotte profonde sous les décombres. Le film prend alors une tournure balourde et sans intérêt, où les néons élégants de la première partie s’effacent au profit d’une image sombre abandonnant ses spectateurs, préférant montrer ses acteurs s’empêtrer dans un délire qui n’a ni queue, ni tête.

La dernière partie du film prolonge cette idée, voyant l’un de ses deux personnages se morfondre maladroitement dans des tirades vues et revues sur les malheurs de la banlieues et de ses cités, ainsi que sur l’ambition de vouloir s’échapper loin, très loin de la misère. Le film s’achève sur une note presque séduisante, mais se vautrant dans un absurde bien trop démesuré pour provoquer un semblant de rire.

Visuel : © Photogramme du film

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Yohan Haddad

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