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Cannes 2022, Quinzaine des Réalisateurs : Avec Revoir Paris, Alice Winocour ausculte les destins croisés de deux rescapés d’attentats

Cannes 2022, Quinzaine des Réalisateurs : Avec Revoir Paris, Alice Winocour ausculte les destins croisés de deux rescapés d’attentats

22 mai 2022 | PAR Yohan Haddad

Avec Revoir Paris, Alice Winocour livre un film âpre et bouleversant, porté par des comédiens épatants de justesse, sur le quotidien de deux rescapés des attentats du 13 novembre 2015.

Mia et Thomas ne se connaissent pas et n’ont pas vraiment de points communs. Pourtant, au fil d’un regard, ils vont se croiser dans un café parisien au cours de ce qui semble être une soirée normale. Pourtant, cette nuit-là va bouleverser leur existence.

7 ans après les attentats du 13 novembre 2015, évoquer le sujet peut paraître difficile, même aujourd’hui, mais Alice Winocour s’en empare avec une grande maîtrise et une sincérité profonde. À travers la figure de Mia, traductrice à la Maison de la Radio et magnifiquement interprétée par Virginie Efira, elle tend vers une analyse psychologique des victimes de ces attentats terroristes. Pas de pathos extrême ni d’histoires de couples rébarbatives, qui auraient tendance à s’éloigner à la suite d’évènements comme celui-ci. Son personnage est touchant tant il paraît instable, pouvant tomber d’un moment à l’autre. En s’éloignant de son mari et de tout ce qui compose son quotidien, elle se construit une carapace visible aux yeux du monde entier.

À coté d’elle, Thomas fait figure de confiance, d’assurance. Il fait figure d’opposition, se rappelant des moindres détails de l’attentat, tout au contraire de Mia, qui ne se rappelle que de petites bribes, ce qui la mène à reconstituer tout son passé pièce par pièce. Benoît Magimel est lui aussi épatant dans le rôle de Thomas, écorché vif au grand coeur, reprenant les codes du jeu « Magimel » exploré dans le De son Vivant d’Emmanuelle Bercot, cloué au lit, mais gardant en lui une puissance de vie intacte.

Alice Winocour explore ce sujet difficile avec une grande force d’esprit, s’inspirant en partie d’une connaissance ayant survécus aux attentats du 13 novembre 2015. Le réalisme du traumatisme vécu par ses personnages apparaît donc plus vrai que nature. Les déambulations de Mia sont le symbole d’un être en reconstruction : trouver un sens à sa nouvelle vie tout en regardant derrière pour enfin trouver une sorte d’apaisement face à une douleur insurmontable.

Visuel : Photo du film

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Yohan Haddad

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