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Cannes 2022, Acid – How to Save a Dead Friend : malaise sociétal dans la Russie de Poutine

Cannes 2022, Acid – How to Save a Dead Friend : malaise sociétal dans la Russie de Poutine

19 mai 2022 | PAR Yohan Haddad

Le premier long-métrage de Marusya Syroechkovskaya est un documentaire froid et réaliste sur la Russie des années 2000, celle d’une classe populaire détruite par la drogue et les regrets.

Comment peut-on vivre ses 20 ans sous la pauvreté et les addictions en tout genre ? C’est la question qu’explore Marusya Syroechkovskaya à travers How to Save a Dead Friend, documentaire ambitieux en partie consacré à Kimi, son amour de jeunesse consumé par la drogue et par des problèmes sociaux qui le mèneront à plusieurs reprises en hôpital psychiatrique.

La réalisatrice filme avec une passion formelle son conjoint qu’elle explore sous tous les angles et à tous les âges. Les premières années de leurs adolescences sont tout d’abord retracées, avec cette explosion du comportement punk liée à ce genre musical destructeur qui nourrit les âmes en peine. S’ensuit alors un siècle d’amour et de contrariétés, qui passe par un mariage raté mais également par une cohésion incroyable, qui unit le couple jusqu’au bout même quand l’amour est déjà bien loin.

Le film est intégralement montée avec des images filmées par la réalisatrice elle-même et par son compagnon, qu’elle s’attache à monter sur son iPad comme on peut l’observer à plusieurs reprises dans le film. Ces souvenirs glanés au fil des années sont bouleversants, racontant une histoire qui n’est pas pourtant pas celle énoncée : celle des banlieues de Moscou et sa population laissée sous le joug de la dépression et d’un futur sans compromis et sans issue. 

La dégradation de Kimi fait d’autant plus horreur qu’elle est racontée avec un réalisme cru. Au fil des années, il perd tout ce qui lui donnait son charme : sa bonne humeur, son charisme de musicien au style post-Kurt Cobain, ses longs cheveux blonds et soyeux, ainsi que ses différents petits boulots, qui le mèneront à finalement perdre tous les attraits qui faisaient son charme. La réalisatrice ne nous épargne aucun détail des tourments qui agitent son compagnon, afin de nous mettre à la face d’une réalité sombre et au final peu connue, cachée sous les luxures d’une Russie propagandiste contrôlée par le pouvoir implacable d’un Vladimir Poutine qui en était encore à ses débuts en tant que chef d’état. Son visage apparaît d’ailleurs plusieurs fois au long du film, notamment à travers des interventions télévisées et radiophoniques qui vantent le mérite d’une Russie exemplaire et de sa démocratie. Ces interventions sont toujours audibles et sont d’autant plus amères aujourd’hui avec ce qui se passe en Ukraine à l’heure où ce film est montré ici, à Cannes.

Sur 1h45 de film, on regrettera cette dernière demi-heure assez répétitive, qui s’attache à montrer les instants les plus infernaux de la vie de Kimi, déjà évoqué en filigrane dans les premiers instants du film. La structure de How to Save a Dead Friend rappelle par ailleurs celle du film de Laure Portier, Soy Libre, également présenté à Cannes dans le cadre de l’Acid en 2021.

Plus que le témoignage d’un couple en détresse, c’est le témoignage d’une Russie en crise qui apparaît dans How to Save a Dead Friend, qui reste d’autant plus d’actualité aujourd’hui.

Visuel : © Photogramme du film

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Yohan Haddad

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