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[BERLINALE] Gus van Sant, Pattinson, Padilha, Huppert, du bling-bling pour une Berlinale à bout de souffle

[BERLINALE] Gus van Sant, Pattinson, Padilha, Huppert, du bling-bling pour une Berlinale à bout de souffle

23 février 2018 | PAR Samuel Petit

Alors que la fin du festival se rapproche, la sélection peine à convaincre, plus encore à proposer des films à la hauteur de l’ambition de la Berlinale. Le film du Mexicain, Alonso Ruizpalacios présenté ce matin à la presse, ne déroge pas à la règle et donne raison aux critiques exprimées les semaines passées contre la direction et les choix artistiques du festival. L’ennui profond du public du Berlinale Palast ce matin lors de la projection nous a encouragé la présente tribune !

 

Après le film entendu et conventionnel de Gus Van Sant hier, il nous faut admettre la dure réalité : la volonté de présenter des stars, la course à l’exclusivité de la première mondiale et la logique commerciale qui en découle plombent la sélection de la compétition officielle. Là où les années précédentes les pures opérations marketing et autres navets faisaient figure d’exception – tout au plus deux ou trois catastrophes sur une vingtaine de films présentés -, le cru 2018, celui de l’adieu du Président Dieter Kosslik, a un goût particulièrement amer. Là où les coups commerciaux étaient refoulés hors compétition, il est triste de constater que la démarcation est devenue poreuse. Là où l’applaudimètre de nos confrères journalistes laissaient percevoir, avant même la parution des critiques et les conférences de presse, les coups de cœur, cette année, les réactions aux génériques sont tristes, timides, mécaniques. Même les huées, sans passion.

On aimerait ne plus y penser, mais comment ne pas évoquer le jeu insipide des compères HuppertUlliel : hyper nul. On ne saura que vous recommander d’éviter à sa sortie en salle le thriller psychologique de Benoit Jacquot, Eva, qui n’a de frissonnant que le soi-disant style : tout est convenu, le sujet, l’intrigue et leur traitement.

Si Eva est une caricature du film francais-parisien-bobo-rive-gauche-amoureux du théâtre-pseudo-érotique – une machine pour l’export -, le film de Gus Van SantDon’t Worry, He Won’t Get Far on Foot, serait son pendant américain, avec cette fois-ci Joaquin Phoenix qui remplit la fonction de Huppert, vendre du ticket. Certes Phoenix y interprète avec l’immense talent qu’on lui connait, un ivrogne, le prototype du tombeur-loser dans le Los Angeles des années 1970, mais sa performance ne suffit pas à sauver un film hollywoodien classique, avec toutes les ficelles habituelles : morale chrétienne, surpassement de soi, le bon gars derrière la brute et évidemment l’humour « lourdingue ». Ce thème de la rédemption est traité de manière infiniment plus fine dans La Prière.

Comme la Berlinale est internationale, il serait injuste que les mauvais films ne viennent que d’Europe ou des États-Unis, c’est pourquoi le monde latino est fièrement représenté dans cette catégorie par Museo de Alonso Ruizpalacios. Présenté comme le road movie de la sélection, la route se fait languir et l’unique chanson de la bande-son « Riders on the storm » ne suffit malheureusement pas à compenser ce manque. Si seulement le défaut de ce film n’était qu’un synopsis inadapté au contenu, on aurait grâce, bien entendu, de lui pardonner. Seulement, à part la crédibilité de Gael García Bernal en sosie mexicain de John Travolta des années 1990, peu de choses reste à sauver.

Et quand Dieter et sa bande espèrent innover en trouvant un nouveau Terrence Malik en sélectionnant My Brother’s Name Is Robert and He Is an Idiot de Philip Gröning, il n’en ressort qu’un calvaire made in Bavière sur l’inceste entre frères et sœurs attardés dans les champs devant une station-service. Si certains festivaliers y espéraient trouver une bonne occasion de faire enfin une sieste de trois heures dans les doux fauteuils du Berlinale Palast, c’est malheureusement peine perdue tant ils beuglent du Heidegger comme des oies en rut.

Nous vous prions, lectrices et lecteurs, de ne pas penser que nous sommes aigris par les 10°c qui tétanisent la capitale allemande actuellement. Si cette Berlinale ne nous a pas encore offert de bijoux à l’instar de « l’Ours d’or » 2017, quelques films sauvent l’honneur de cette édition : Transit, Trois jours à Quiberon, Utoya.

Vivement les surprises des derniers jours !

Samuel et William

© 2017 MACASSAR PRODUCTIONS – EUROPACORP – ARTE France CINEMA – NJJ ENTERTAINMENT – SCOPE PICTURES / Guy Ferrandis
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© Alejandra Carvajal
© 2017 Philip Gröning

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Samuel Petit

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