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[BERLINALE] 68ème Berlinale : top départ pour une édition charnière dans l’histoire du festival

[BERLINALE] 68ème Berlinale : top départ pour une édition charnière dans l’histoire du festival

15 février 2018 | PAR William Meignan

La 68ème édition de la Berlinale a été ouverte ce jeudi 15 février 2018 aux alentours de la Potsdamer Platz à Berlin. Au programme de ce premier jour : la conférence de presse du jury, présidé par Tom Tywker, qui va donner le ton de la compétition, et le très attendu film d’animation du réalisateur américain Wes Anderson (The Grand Budapest Hotel), Isle of Dogs, qui ouvrira un festival déjà teinté de controverses.

#metoo au cœur de la Berlinale

Le festival du film de Berlin affiche clairement sa prétention à dépasser les sujets propres au monde du cinéma pour offrir un espace de résonnance et de réflexion aux préoccupations qui secouent nos sociétés. Tandis que la 66ème édition avait logiquement placé la question des réfugiés au centre des débats, et que l’élection de Donald Trump et la montée de la vague populiste en Europe avaient pris en otage la 67ème édition, cette année sera quant à elle marquée par la vague de scandales à répétitions au sein du milieu du cinéma et bien au-delà de celui-ci, depuis l’affaire Weinstein et l’émergence du mouvement #metoo.

Le très médiatique et sympathique directeur de la Berlinale depuis maintenant 17 ans, Dieter Kosslick, a ainsi « fermement condamné toute forme de violence et de comportement sexuel inapproprié » et affirme d’ores et déjà avoir disqualifié un certain nombre de films pour lesquels des réalisateurs ou des acteurs ont fait l’objet d’accusations crédibles de harcèlement sexuel. Le festival réussira-t-il ainsi à « contribuer à un vrai changement » comme l’espère son directeur ?

Il n’aura pas fallu attendre le début du festival pour qu’une première voix s’élève. Une actrice sud-coréenne, souhaitant garder l’anonymat, a en effet dénoncé l’ « hypocrisie » du festival qui a invité le réalisateur M. Kim malgré ses accusations d’agressions physiques et sexuelles envers ce-dernier. Si la Berlinale dit « attendre des informations détaillées », il est certain que sa réaction sera scrutée et attendue au tournant.

La fin d’une ère

Cette Berlinale sera d’autant plus symbolique qu’elle marque la fin de l’ère Kosslick. Directeur emblématique du festival depuis 2001, D. Kosslick a fait du festival du film de Berlin un évènement majeur du cinéma international, tout en réussissant à lui conserver une identité forte en créant de nouvelles sections comme, par exemple, la « Perspektive Deutsches Kino », et en maintenant et élargissant l’ouverture au public non-professionnel, en en faisant ainsi un rendez-vous populaire incomparable dans le monde.

Bien que la Berlinale ait connu au cours de son histoire des mandatures encore plus longues que celles de Kosslik, un renouvellement de l’institution se fait attendre : c’est en ce sens que 79 réalisateurs allemands de premier plan, parmi lesquels Maren Ade (Toni Erdmann), Fatih Akin (Soul Kitchen, In the Fade) ou Christian Petzold (Barbara, Phoenix) ont publié une lettre ouverte appelant à un « nouveau départ » pour le festival à qui ils reprochent, entre autres, de ne pas avoir réussi à s’exporter à l’international.

Les films en compétitions

Lors de cette 68ème édition, ce sont dix-neuf films qui vont concourir pour l’Ours d’or qui sera décerné le 24 février prochain, à l’issue du festival qui, dix jours durant, accueillera plus de 20.000 professionnels du cinéma venant de 120 pays différents et quelques 300.000 badauds et amateurs avertis qui fouleront les multiples salles ouvertes de Berlin en l’occasion.

La sélection, qui ne se veut pas cette année limitée à une thématique fixée, présentera des œuvres qui, dans leur grande diversité thématique et géographique, reflètent les enjeux et mutations de notre époque, mais aussi d’autres qui livrent des récits plus intimistes et personnels. En somme, pour Dieter Kosslick, « 50 ans après 1968, nous allons découvrir comment les réalisateurs voient le monde aujourd’hui avec leurs différentes approches et expériences »

Ainsi, parmi la sélection, nous retrouverons quatre films américains avec leur lot de stars. Se retrouvent ainsi en compétition Don’t Worry, he won’t get far on foot de Gus Van Sant avec Joachim Phoenix, Damsel de David et Nathan Zellner avec Robert Patinson et Mia Wasikowska, 7 jours à Entebbe de José Padhila et Unsane de Steven Soderbergh (Magic Mike, Ocean’s Eleven).

Déjà primée en 2016 avec L’avenir de Mia Hanson-Love, Isabelle Huppert sera de retour cette année dans Eva de Benoit Jacquot, film éponyme adapté de la nouvelle de l’écrivain anglais James Hadley Chase. La Prière, film initiatique de Cédric Kahn sera quant à lui le deuxième représentant du cinéma français en compétition à Berlin.

La sélection fait également une belle place aux films allemands. C’est d’abord le cas avec Transit de Christian Petzold, déjà primé en 2012 de l’Ours d’Argent pour Barbara avec Nina Hoss, et retraçant l’exil d’un jeune déserteur allemand pendant la Seconde Guerre mondiale.  Ce sont ensuite, 3 jours à Quiberon d’Emily Atef sur la figure mythique de Romy Scheider, Mon frère s’appelle Robert et c’est un idiot, de Philip Gröning et In the Aisles de Thomas Stuber sur l’amour et l’espoir dans la province allemande, qui porteront les espoirs de récompenses en compétition officiel pour le pays hôte.

Plusieurs autres films sont particulièrement attendus cette année. C’est notamment le cas du film philippin Season of the Devil de Lav Diaz retraçant une sombre période de l’histoire des philippines, de Khook, film iranien de Mani Haghighi, comédie suivant les pérégrinations d’un réalisateur torturé réduit au silence. Le réalisateur Erik Poppe reviendra avec Utoya22 juillet sur la tuerie perpétrée par le terroriste d’extrême droite, Anders Breivik, qui a tué 77 personnes en 2011. Nous retrouverons également à l’affiche un film italien, Figlia mia de Laura Bispuri, un film paraguayen de Marcela Martinessi, Las heradas, un road movie mexicain, Museo, d’Alonso Ruizpalacios avec Gael Garcia Bernal en tête d’affiche ainsi qu’un film russe, Dovlatov, d’Alexey German Jr. retraçant la vie destructrice du brillant écrivain Sergei Dovlatov au temps de l’URSS de Brejnev.

Last but not least, outre les films en compétition, les nombreuses autres sections du festival présentent au total plus de 400 films pendant ces dix jours de festival. Si les sections « Forum » et « Panorama » sont, outre la compétition, les deux sections phares de la Berlinale, ce sont bien l’ensemble de ces sections moins médiatiques (courts-métrages, Culinary Cinema, Berlinale Classics,…), qui font l’identité et le charme de ce festival berlinois que nous suivrons pour vous pendant les 10 prochains jours.

 

© picture-alliance/dpa/B. Pedersen

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