Cinema

[BERLINALE] Pour Cédric Kahn, « La Prière » comme drogue de substitution

[BERLINALE] Pour Cédric Kahn, « La Prière » comme drogue de substitution

21 février 2018 | PAR Samuel Petit

Présenté au quatrième jour de compétition de la présente édition de la Berlinale, La Prière de Cédric Kahn est un film plein de grâce, d’humour et de violence, d’amour et de patience. Reste à prier pour qu’il soit canonisé par le jury à l’issue du festival.

 


Suite à une overdose d’héroïne, le jeune Thomas tente d’en finir avec son addiction en intégrant une structure religieuse catholique pour toxicomanes en rédemption. Le film suit la trame caractéristique des romans initiatiques, avec les doutes, les crises, les mutations profondes et les dilemmes auxquels est sujet Thomas.

La Prière, tout en représentant un univers portant en lui toutes les composantes du monde réel, et ce, en particulier du fait de son écriture et de l’atmosphère qui s’en dégage, prend cependant des allures tout à fait frappantes de conte : le profil des nombreux personnages secondaires, certains paraissant à certains moments iréels, ainsi que l’environnement de montagnes, créant l’impression de se trouver dans une contrée lointaine.

C’est le ton tout à fait ambivalent et sans prise claire de position, ce flou permanent introduit par ce cinéma du réel qui se délecte de procédés propres à la fiction qui fait de ce film un véritable ovni : l’aspect grandiloquent des paysages qui contraste avec la monotonie et l’ascèse d’un quotidien centré sur le travail de charpentier et la prière justement ; le fait que nombre d’enjeux (comme les rapports garcons-filles au sein de l’institution) soit nommé mais jamais traité puis réglé par une phrase à la volée sans prise de position claire ou teinté de jugements ; enfin le balancement et le flou constamment entretenu entre différents registres antagonistes qui peuvent faire rire les laïcards et attendrir les catholiques convaincus.

Après le thriller raté et entendu que fût EvaLa prière, avec son casting d’anonymes et son style unique, représente sans doute les seuls espoirs français de récompenses lors de la cérémonie de samedi prochain.

La Prière de Cédric Kahn

avec :
Anthony Bajon (Thomas)
Damien Chapelle (Pierre)
Alex Brendemühl (Marco)
Louise Grinberg (Sybille)
Hanna Schygulla (Schwester Myriam)
Antoine Amblard (Pater Luc)
Magne-Harvard Brekke (Olivier)
Maïté Maille (Agnès)

 © Les films du Worso / Carole Bethuel
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Samuel Petit

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