Cinema

[BERLINALE] « The Season of the Devil », la complainte des martyrs philippins

[BERLINALE] « The Season of the Devil », la complainte des martyrs philippins

21 février 2018 | PAR Samuel Petit

Seul film asiatique en compétition, The Season of the Devil est sans doute aussi l’un des plus sombres dans sa section. Y est donnée à voir la répression intransigeante du régime tyrannique de Marcos (entre 1971 et 1981) au travers d’un village fictif. Cette œuvre aux allures de grandes fresques historiques vise à traiter et à questionner ce chapitre sanglant de l’archipel du Sud-Est asiatique, comme l’affirme le réalisateur Lav Diaz.

 


Une critique de Oktay Tuncer

À la fin des années 1970, alors que la guerre menée contre les communistes et les dissidents au régime fait rage, le président conscrit par décret 70.000 civils dans le but de remplir ses objectifs martiaux et de semer la terreur dans les villages suspects. D’entrée de jeu, les habitants y sont maltraités physiquement et torturés psychologiquement par un groupe paramilitaire. Tout au long du film, le réalisateur s’attache à représenter avec détails le fonctionnement de la coercition : les paramilitaires s’attaquent aux médecins, car les maladies au sein du peuple, selon leur conception de la paix publique, leur permettent de se maintenir au pouvoir.

Le film s’évertue de montrer l’effondrement de la solidarité entre les individus et leurs errements émotionnels par l’exemple d´un jeune couple : Suite à la disparition soudaine de Lorena, femme-médecin idéaliste, venue au secours des plus fragiles, son mari, Hugo, décide de se rendre au village à son tour pour la retrouver.

The Season of the Devil se distingue des autres films en compétition par sa forme : durant les quatre heures du film, le réalisateur développe un récit proche d’un conte fantastique. Chacun des personnages épouse une position singulière dans le système bourreaux/victimes, chacun ayant ses propres motivations. Un autre élément constitutif de l’identité du film est bien évidemment le choix de narrer cette histoire à travers une série de dialogues et monologues chantés, rappelant la forme poétique des complaintes. La représentation des émotions des personnages y est ainsi exacerbée et instaure une temporalité unique. À titre d’exemple, le leitmotiv des paramilitaires fait penser à une berceuse, comme pour faire taire et bâillonner le peuple.

Loin de l’atmosphère pesante et de l’esthétique lourde qui caractérisent de nombreux films de guerre, le choix de suggérer la violence plutôt que de la montrer, donne la primauté aux personnages et à leurs émotions. On regrettera toutefois les longueurs, malgré la fascination que peut exercer les complaintes des malheureux sur le spectateur.

Ang Panahon ng Halimaw/The Season by the Devil par Lav Diaz
avec:
Piolo Pascual (Hugo Haniway)
Shaina Magdayao (Lorena)
Pinky Amador (Aling Sinta / Kwago)
Bituin Escalante (Kwentista)
Hazel Orencio (Teniente)
Joel Saracho (Ahas)
Bart Guingona (Paham)
Angel Aquino (Angelita)
Lilit Reyes (Milizionär 1)
Don Melvin Boongaling (Milizionär 2)
Noel Sto. Domingo (Chairman Narciso)
Ian Lomongo (Ian)

© Giovanni D. Onofrio

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