Cinema

[BERLINALE] « Utøya, 22 Juillet » – pour comprendre, pour se souvenir

[BERLINALE] « Utøya, 22 Juillet » – pour comprendre, pour se souvenir

20 février 2018 | PAR Samuel Petit

Le metteur en scène norvégien Érik Poppe revient avec un film hors-norme sur le drame qui a bouleversé son pays à l’été 2011. Un terroriste d’extrême-droite, après avoir fait sauter des bombes dans le quartier des ministères, avait alors massacré 69 jeunes personnes et blessé plusieurs centaines d’autres lors du camp d’été des jeunes du parti travailliste sur l’ile d’Utøya. Un film pour comprendre l’enfer que vivent les victimes d’attaques terroristes et pour guérir la société norvégienne meurtrie.

L’assaut a duré 72 minutes, le temps pour les secours de venir, à la police d’intervenir. Une éternité, un enfer pour les victimes, coincées à la merci de leur bourreau sur l’île d’Utøya. Le film nous plonge dans le calvaire de ces ados et jeunes adultes dans un plan-séquence, reconstituant l’expérience en temps réel. Le résultat est un document de fiction haletant aux faux airs de huis-clos et au rythme de thriller.

Les jeunes gens mis en scène sont tous fictifs, le script a cependant été conçu à partir du récit de survivants. Tout au long du film, le spectateur suit le personnage de Kaja qui, au cours de l’assaut, tentera de sauver sa vie, de gérer ses émotions, de porter secours à des camarades et de chercher sa sœur. Le plan-séquence amène à découvrir, pendant de longues scènes, des jeunes aux profils très différents, dans des situations extrêmement variées, qui passent par des émotions contradictoires.

En décidant de ne pas nommer le meurtrier, de ne jamais le montrer au premier plan, mais de concentrer le récit sur les victimes, le film apparaît moralement acceptable. Plutôt qu’un portrait supplémentaire d’un terroriste que les médias au quotidien rendent célèbre à l’excès, ce sont les tréfonds de la psychologie des victimes au cours de l’attaque qui sont donnés à voir, à travers les prises de décisions contradictoires et irrationnelles. En se retrouvant plongé dans cette folle irrationalité, le spectateur perd lui-même sa distance et s’immerge ainsi totalement pour partager l’horreur vécue par les victimes.

Outre ses qualités esthétiques et la performance des jeunes acteurs, le film remplit certainement une fonction cathartique et contribue, sans jamais le moindre voyeurisme, au processus de deuil de la société norvégienne et plus largement de toutes nos sociétés meurtries par le terrorisme.

Visuel © Agnete Brun

Utøya 22. Juli de Erik Poppe
avec:
Andrea Berntzen (Kaja)
Aleksander Holmen (Magnus)
Brede Fristad (Petter)
Elli Rhiannon Müller Osbourne (Emilie)
Solveig Koløen Birkeland (Verwundetes Mädchen)
Sorosh Sadat (Issa)
Ada Eide (Caroline)

 

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Samuel Petit

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