Cinema
Alain Resnais, notre amour, notre maître

Alain Resnais, notre amour, notre maître

02 mars 2014 | PAR Yaël Hirsch

Le réalisateur est mort ce samedi 1er mars à l’âge de 91 ans après une longue et riche carrière de plus de 70 ans. C’est un monument du cinéma Français qui s’en va. Mais un monument très vivant comme le montre son dernier film au titre évocateur « Aimer, boire et chanter, qui a raflé un Ours à la Berlinale, il y a moins d’un mois…

Le mois dernier, l’émotion était forte lors de la conférence de presse du dernier film d’Alain Resnais, une adaptation de la pièce d’Alan Ayckbourn Life of Riley à laquelle le réalisateur avait donné un titre digne de son énergie : Aimer, boire et chanter. Alors que Resnais n’était, à son habitude, pas apparu, pour défendre ce film élégant où un homme qui se sait mourant réorganise la petite société qui l’entoure avec facétie et gaité avant le dernier salut. Mais ses fidèles comédiens : Sandrine Kiberlain, André Dussolier, Hippolyte Girardot et bien sûr Sabine Azema ont parlé de leur travail avec le réalisateur et du rapport entre théâtre et cinéma avec tant de justesse et de fougue qu’on avait l’impression d’être suspendu à un moment d’éternité…

L’éternité, Resnais, cinéaste le plus nominé aux Césars et oscarisé dès 1950 pour son Van Gogh, l’a décrochée dès la sortie de Nuit et Brouillard (1956), le plus que documentaire qui échappe déjà à tous les codes, avec ses images crues, sa musique stridente et le texte ample de Jean Cayrol. C’est cette somme de travail d’archive folle que déjà trois ou quatre générations de jeunes esprits ont vu pour essayer d’approcher ce qui a pu se passer dans les camps nazis. L’esthétique de ce premier Resnais est, à chaque fois qu’on la redécouvre, une petite révolution. Portant les morsures de l’histoire, son cinéma « du désastre », pour reprendre le mot de Maurice Banchot descinde l’image, la musique et le texte, pour créer un gouffre et offrir au spectateur une pleine responsabilité et une pesante liberté. Hiroshima, mon amour, L’année dernière à Marienbad ou La Guerre est finie sont aussi des chefs d’oeuvre pour ce qu’ils suggèrent.

Toujours passionné par les histoires et par l’Histoire, le Resnais post-68 s’assagit sur la forme et retrouve l’unité de temps, mais il s’emballe sur le fond : les décors lascifs et art déco du Stavisky (1974) s’animent presque comme des personnages, les fantasmes de Dirk Bogarde dans Providence (1977) ou les badineries pseudo-scientifiques de Vittorio Gassman et Ruggero Raimondi dans La vie est un roman (1983) ont certainement déjà la folie des herbes que Resnais continue à offrir à sa muse et égérie Sabine Azéma.

https://www.youtube.com/watch?v=fcAIWlRmoGI

Les années 1990-2000 sont celles d’une maturité joyeuse, malgré et peut-être à l’encontre de la hantise de la mort. Les comédies s’enchaînent, adaptations de pièces ou théâtre créés pour le cinéma, et ouvrent sur des films pleins de sèves et devenus cultes dont les incontournables Smoking/ No Smoking (1993) et On connaît la chanson (1997).

https://www.youtube.com/watch?v=KbLp_FtdeJU

Présent au cœur battant de la compétition à Cannes en 2012 avec Vous n’avez encore rien vu et en 2014 à Berlin avec l’excellent Aimer, boire et chanter, Resnais prouve encore une fois qu’il est éternel, avec ces deux films où il tire sa révérence avec une élégance d’une liberté folle et énormément d’affection pour ses acteurs.

visuel : une grande partie des acteurs d’Alais Resnais face à sa caméra / photo officielle de Vous n’avez encore rien vu.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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