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Oscars : « Her » de Spike Jonze, le triomphe du ringard ?

Oscars : « Her » de Spike Jonze, le triomphe du ringard ?

02 mars 2014 | PAR Yaël Hirsch

Avec 5 nominations aux Oscars, dont meilleur film et meilleur scénario, le nouveau film de l’ex-mari de Sofia Coppola et meilleur ami de Gondry risque de beaucoup faire parler de lui. Le film, porté par Joaquin Phoenix et la voix de Scarlett Johansson et qui est attendu en France pour le 19 mars est une fable informatico-romantique aux textes plombants, au message rétrograde et à l’esthétique du début des années 2000, le tout noyé dans des hectolitres de prétention.

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A Los Angeles, dans un futur proche, Theodor (Joaquin Phoenix) traîne une dépression post divorce (d’avec Rooney Mara coiffée avec le carré de Sofia Coppola) entre son appartement design chic mais triste et son travail d’écrivain de lettres sentimentales à la chaîne. Heureusement, le très indépendant système d’exploitation de son téléphone connecté est une charmante voix de femme (Scarlett Johansson), Samantha, dont il tombe amoureux… Sur fond de date ratée (avec Olivia Wilde), d’amitié un peu vite (avec Amy Adams) et de papier de divorce à signer, la romance entre l’ordinateur et le jeune romantique au cœur brisé est bercée de musique branchée et de sentencieuses phrases métaphysiques.

Sous couvert de poser de graves questions qui concernent notre rapport à la technologie, Her ressasse un thème à la fois classique et rétrograde, celui de l’homme qui aime une muse, faisant ainsi l’économie de la femme. En ce sens; Jonze n’est pas le seul de sa génération à souffrir de ce complexe de Pygmalion au petit pied, puisque par exemple encore tout récemment Elle s’appelle Ruby  (certes moins 2.0 puisque Paul Dano « écrit » sa dulcinée dans un livre) surfait sur ce thème que d’aucun(e)s trouveront macho.

Passe encore pour le thème qui a aussi bien inspiré Goethe que Jonze, mais le traitement du sujet est, à son image, absolument ringard. Tout se passe comme si, 10 ans après Lost in Translation (2003), Jonze traitait de son point de vue la douleur de leur divorce, copiant quelques plans en hauteur et l’errance vagabonde pour les transposer de Tokyo à LA. Pour le reste, à part la voix sexy de Scarlett Johansonn, l’image empreinte tout à l’art du clip « néo-surréaliste rescapé de publicité pour trentenaire fringant » que l’excellent Gondry avait su mettre à profit dans l’émouvant Eternal Sushine of the Spotless mind (2004). Mais d’émotion, il n’y en a pas dans un « Her » plombé par ses dialogues métaphysiques pour révolté en pleine crise de puberté (du genre : « Le passé n’est qu’une histoire qu’on se raconte à nous-même »), la musique absolument omniprésente (prix du kitsch pour l’écran noir noyé ET de dialogues ET de musique rooomantique dans la première scène de sexe, nécessairement oral entre le robot et l’homme) ainsi que le jeu absolument in-inspiré de Joaquin Phoenix. Affublé d’un pantalon taille haute à pinces et d’une moustache, ce dernier atteint des sommets de transparence. Il  avait dit qu’il voulait arrêter le cinéma ! Laissez le faire, sinon il continuera à jouer le personnage monocorde du sensible résigné qu’il nous a déjà infligé dans The master et The Immigrant!).

Bref, osons le dire, la hype de Jonze est passée, et espérons que les nominations aux Oscars ne nous masquent pas que, derrière le vernis d’interrogation pour notre société connectée, le film est déjà démodé. De même que derrière les grandes déclarations romantiques, se cache un navet bouilli, complètement délavé d’émotion.

Site officiel de Her

Et ci-dessous une parodie assez bien vue avec Seth Roger:

Her, de Spike Jonze, avec Joaquin Phoenix, la voix de Scarlett Johannson, Rooney Mara, Amy Adams, Olivia Wilde, 2h06, Sortie le 19 mars 2014.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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