Cinema
Elle s’appelle Ruby, la nouvelle comédie des réalisateurs de Little Miss Sunshine

Elle s’appelle Ruby, la nouvelle comédie des réalisateurs de Little Miss Sunshine

01 septembre 2012 | PAR Yaël Hirsch

Projeté à Locarno et Deauville (avant-première le 2 septembre 2012), le nouveau film de Jonathan Dayton et Valérie Faris (Little Miss Sunshine) met encore une fois en scène leur acteur-phare, Paul Dano dans une comédie romantique qui se veut décalée. Avec un scenario à la Michel Gondry, une BO ultra pointue, la petite fille d’Elia Kazan dans le rôle de la belle et Annette Bening et Antonio Banderas dans les rôles secondaires, « Elle s’appelle Ruby » a tous les atouts pour plaire aussi bien aux hipsters de Williamsburg qu’aux angoissés de la perfection de Santa Monica. Et pourtant, le film tourne un peu en rond en se cognant à des clichés sympathiques mais lassants. Sortie le 3 octobre  2012.

Calvin est un jeune homme très asocial. Ecrivain qui a connu un immense succès avant l’âge adulte avec un best-seller intello, il est asphyxié par sa réputation de jeune génie. Ses seuls amis sont son frère (Chris Messina), son psy (Elliott Gould) et son chien. Une nuit, il rêve qu’il rencontre la femme de sa vie et commence une nouvelle sur elle. Très enthousiasmé par cette nouvelle aventure littéraire qu’il attendait depuis longtemps, il s’enferme encore plus… Jusqu’au jour où il rencontre au parc la jeune-fille qu’il a dépeinte, trait pour trait. Elle s’appelle Ruby (Zoe Kazan), est un peu fofolle, pas très sûre d’elle, aime les chiens et est bourrée de joie de vivre. Du jour au lendemain, Ruby emménage chez Calvin, bouleversant sa vie et boostant dramatiquement son ego d’écrivain démiurge…

Derrière les sourires post-woodyalleniens de Paul Dano et la bande très très originale (où Schubert côtoie Plastic Bertrand) d’un film qui se veut extrêmement décalé et donc suprêmement intelligent, le public ne retrouve que banale pygmalionade. Aussi fraiche soit-elle, la Ruby interprétée par Zoe Kazan fait l’effet d’une Eliza Doolittle amputée de la réflexion sociale qu’elle pourrait susciter. Écrite et décrite par le jeune auteur en quête d’affection et d’inspiration, ce parangon de femme fragile et manipulable n’est que faussement hors des normes. Et que ceux et celles qui craignaient un faux pas machiste se rassurent, la morale attendue vient plomber la fin du film et punit bien sûr le pygmalion aussi sûrement que son malaise excuse sont geste. Dans ce film tout est trop, si bien que sous couvert d’originalité, tout tombe dans la caricature : la mère (Annette Bening) passée de l’ordre bourgeois à la dictature baba, son sexy compagnon doué de ses mains (Antonio Banderas), l’agent jouisseur (Steeve Coogan), le frère « good guy » un peu pas de plafond mais brave, ainsi que le chien,  animal semble-t-il destiné à surligner les états d’âmes des artistes muets… Raté, donc, malgré de louables et sympathiques efforts.

« Elle s’appelle Ruby », de Jonathan Dayton et Valérie Faris, avec Paul Dano, Zoe Kazan, Antonio Banderas, Annette Bening, Chris Messina, Elliott Gould,  Steeve Coogan, USA, 2012. Sortie le 3 octobre 2012.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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