Cinema

[Compétition] « Aimer, boire et chanter » d’Alain Resnais, ludique et vivifiant

[Compétition] « Aimer, boire et chanter » d’Alain Resnais, ludique et vivifiant

11 février 2014 | PAR Olivia Leboyer

Aimer-boire-et-manger-Alain-Resnais

Dans Vous n’avez encore rien vu, adapté d’Anouilh, Alain Resnais parlait déjà de la disparition d’un être cher à tout un petit groupe d’amis. Ici, on retrouve le motif de la disparition, mais sur un mode encore plus ludique, plus enjoué. Un film très vivifiant.

[rating=4]

Le titre, Aimer, boire et chanter, sonne comme un appel joyeux à profiter des choses de la vie. Alain Resnais adapte ici une pièce d’Alan Ayckbourn, mais ce n’est pas du simple théâtre filmé. Comme à son habitude (Mélo, Smoking / No Smoking), il crée un univers coloré, enchanté, où le passage entre théâtre et cinéma peut s’opérer, comme par magie. Comme l’a rappelé Hippolyte Girardot lors de la conférence de presse, l’art n’a pas à simplement calquer le réel. Il s’agit, bien plutôt, de faire lever les ferments du rêve et de l’imagination. Tout est permis, les espaces pouvant se démultiplier et se colorer à l’envi.

L’intrigue tourne ici autour la mort prochaine de George Riley, atteint d’un cancer. Cet homme a énormément compté pour ses amis, Jack et Tamara (Michel Vuillermoz et Caroline Silhol), Colin et Kathryn (Hippolyte Girardot et Sabine Azéma). Pour Jack, il a été le meilleur ami et, des deux, il est celui qui a su rester fidèle à ses idéaux de jeunesse. Mais, bien sûr, il a surtout compté dans la vie des femmes. Kathryn et Tamara l’ont aimé, tout comme son ex-femme Monica (Sandrine Kiberlain) et tant d’autres encore… Tant que George vit encore, il est possible de lui donner de l’amour et de la joie. Aussi, en apprenant sa maladie, tout ce petit monde entend-il resserrer les liens et organiser autour de George une distraction bienvenue. La défection d’un acteur dans leur modeste troupe de théâtre amateur leur permet d’offrir le rôle principal à George. Il jouera l’amant, comme dans sa propre vie. Mais ce jeu comporte évidemment certains dangers. Même à l’article de la mort, n’oublions pas que George demeure un séducteur imbattable.

Alain Resnais invente, pour notre plus grand plaisir, un univers parfaitement anglais, des jardinets aux tenues des personnages. Le flegme, l’humour, respectent à la lettre l’esprit bristish. Jusqu’aux vignettes du dessinateur de BD Blutch qui ponctuent joliment les saynètes. Et sur une trame solidement tissée, l’effervescence provoquée autour de la « sortie de scène » de George nous émeut avec force. A tout bout de champ, le prénom de George est invoqué, véritable leitmotiv. Nous ne le verrons jamais, George, mais sa présence et son aura imprègnent tout le film. Il est cet homme que même la mort ne parviendra pas à faire vieillir.

Il y a, dans ce film, une grande élégance, une vivacité, un humour très revigorants.

Aimer, boire et chanter, d’Alain Resnais, France, 108 minutes, avec Sabine Azéma, Sandrine Kiberlain, Caroline Silhol, Hippolyte Girardot, André Dussolier, Michel Vuillermoz, Alba Gaia Bellugi. En compétition.

visuels: affiche et photo officielles du film.

[Critique / Berlinale, avant-première] : « A long Way down », une comédie de Saint-Valentin british avec Pierce Brosnan et Toni Collette
« Un matin nous partons » de Florence Chapiro : récit d’un exil
Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *