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Ouverture de la 70eme Berlinale : tout ce qu’il faut savoir

Ouverture de la 70eme Berlinale : tout ce qu’il faut savoir

21 février 2020 | PAR Samuel Petit

Pour ce « Jubiläum », comme aiment appeler les Allemands les anniversaires « ronds », la Berlinale fait peau neuve (ou presque). Le sympathique directeur du festival Dieter Kosslick, arrivé en 2002, a fait ses adieux émus et émouvants, il y a tout juste un an. Il est remplacé par Mariette Rissenbeek et Carlo Chatrian, qui était jusque-là directeur artistique du Locarno Festival. Alors que la presse, le public et les professionnels spéculaient énormément sur l’évolution voire la transformation du festival, ses nouveaux directeurs ont assumé dans de nombreuses interviews qu’ils trouvaient que le festival fonctionnait dans sa forme héritée. Et si le festival qui aime se présenter comme une institution moderne en nommant un duo homme-femme à sa tête, il est toutefois regrettable que le programme de la compétition soit lui loin d’être paritaire, avec 11 réalisations d’hommes contre 5 de femmes, et ce, alors même que cette avancée avait été annoncée en grande pompe par le festival et unanimement saluée par la presse l’an passé… 

On notera tout de même un changement de dates (deux semaines plus tard que les éditions précédentes), censé permettre aux Oscars d’être passés et d’attraper plus de grands noms américains. À regarder le programme, cette ruse n’a pas permis d’atteindre son objectif, mais seulement de faire rentrer en collision la soirée de clôture avec remise du Palmarès avec celui des Césars… Les sponsors évoluent aussi : on vous épargne le détail. L’identité visuelle du festival a également pris un coup : exit l’ours qui se balade ou traîne dans différents coin de Berlin, welcome le graphisme modeux et terriblement ennuyant (voir photo illustrant l’article). Le site central du festival, se déployant autour de la Potsdamer Platz et du Berlinale Palast, s’agrandit en direction du Mendelsohn-Bartholdy-Park avec quelques étages de bâtiments modernes sous-louées à la start-up de coworking WeWork. Autre élargissement à noter : après s’être toujours plus invité dans les cinémas de quartiers de Berlin, puis de certaines villes de la région avoisinante, le Brandenburg et en particulier dans sa capitale Potsdam, la Berlinale présentera également certains films aux publics de Hambourg, Essen et Cologne lors de projections exceptionnelles. Enfin, peu de changements au niveau des sections, si ce n’est surtout la création d’une nouvelle section sous la forme de compétition à part entière, Encounters, qui selon les mots de la direction fait la part belle aux « formes narratives et documentaires ».

Mais comme tous les ans depuis maintenant 1950, c’est surtout la compétition officielle et la récompense de l’Ours d’or qui attirent les regards du monde entier. Le jury international de la présente compétition officielle, chargé de dresser la palmarès 2020, est présidé par l’acteur britannique Jeremy Irons et est composé de Bérénice Bérénice Bejo, de la productrice allemande Bettina Brokemper, de la réalisatrice palestinienne Annemarie Jacir, de l’auteur et réalisateur américain Kenneth Lonergan, de l’actrice italienne Luca Marinelli et enfin du critique cinéma, réalisateur et programmateur brésilien Kleber Mendonça Filho.  

Ainsi, 16 films sont en compétition pour l’ours d’or et les autres ours d’argent, parmi lesquels trois films français : Le sel de la Mer par Philippe Garrel, Irradiés de Rithy Pahn et Effacer l’historique de Benoît Delépine. Deux films américains sont présents en compétition, Never Rarely Sometimes Always de Eliza Hittman et Siberia de Aben Ferrara. Un film allemand est également très attendu : Berlin Alexanderplatz de Burhan Qurbani, qui comme Ladj Ly avec Les Misérables, reprend le nom du grand classique de la littérature allemande signé Alfred Döblin pour mettre le focus sur un sujet sociétal brûlant, ici l’arrivée d’un jeune migrant clandestin africain sans repère à Berlin. Un film suisse, Schwesterlein de Stéphanie Chuat et Véronique Reymond, promet d’attirer les flashs avec sa ribambelle de stars de la Schaubühne comme Lars Eidinger, Nina Hoss et même Thomas Ostermeier. Enfin, le réalisateur russe controversé et mégalomaniaque Ilya Khrzhanovskiy va pouvoir présenter un extrait de son œuvre total DAU alors que son projet d’installation monstre avait capoté il y a deux ans à Berlin face au refus de l’administration de la ville-Etat d’accélérer le traitement de sa demande de dossier. Ce qui, à en croire nombre de Parisiens qui s’étaient rendus visiter l’édition française de l’événement aux Théâtres du Chatelet et de la Ville, a épargné aux Berlinois beaucoup de bruit pour rien ou pire encore, pour un spectacle affligeant d’impréparation. Khrzhanovskiy sera jugé ici comme réalisateur, pour le meilleur ou pour le pire.

Quelques mots enfin sur la cérémonie : celle-ci a été animée par l’acteur sociétaire du Deutsches Theater de Berlin et apprécié d’un large public outre-rhin grâce à sa copieuse filmographie, Samuel Finzi. Ce dernier a toutefois mis de côté son légendaire humour pour ouvrir cette 70ème édition de la Berlinale afin de privilégier le ton grave adapté à la gravité des événements qui ont secoué l’Allemagne hier soir : un attentat de l’extrême droite visant des bars à shisha et ayant fait 11 morts à Hanau près de Francfort.

 

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Samuel Petit

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