Cinema

BERLINALE, Effacer l’historique : un film « hilarant, un peu triste et très urgent »

BERLINALE, Effacer l’historique : un film « hilarant, un peu triste et très urgent »

26 février 2020 | PAR William Meignan

En présentant son dixième long métrage, le duo Délépine/Kervern (Mammuth, Saint Amour,…) invite les « Gilets Jaunes » à la 70ème édition de la Berlinale. Ils proposent, avec « Effacer l’historique », un film poétique et social qui critique tant l’absurdité bureaucratique que l’intrusion des nouvelles technologie dans notre quotidien avec un humour grinçant. Le casting n’y est pas pour rien puisqu’on retrouve à l’affiche Blanche Gardin, Denis Podalydès et Corinne Massiera dans un trio explosif, sans compter les nombreuses apparitions souvent cocasses des Vincent Lacoste, Michel Houellbecq ou Benoît Poelvoorde.

Dans une banlieue pavillonnaire de la région Haut-de-France, « Effacez l’histoire » nous raconte le quotidien précaire de trois protagonistes dépassés par leur temps. Marie (Blanche Gardin) est une  « ménagère en jachère ». Récemment divorcée, elle survit tant bien que mal en vendant ses meubles sur Le Bon Coin et souhaite récupérer une sexe tape prise à son insu. Bertrand (Denis Podalydes) croule sous les dettes mais ne peut s’empêcher de répondre à tous les appels publicitaires qu’il reçoit. Il tâche tant que possible de garder le cap notamment pour sa fille, victime de cyber-harcèlement. Christine (Corinne Massiera), addicte aux séries TV et chauffeuse Uber, ne comprend pas pourquoi ses notes sur l’application ne dépasse pas 1 étoile…

Avec ces trois personnages tragi-comiques et leurs aventures quotidiennes loufoques mais tristement proches de la réalité, les réalisateurs prennent le pouls de la société française avec beaucoup de justesse. Aucun sujet ne passe à la trappe : la vie privée, les réseaux sociaux, la bureaucratie, le surendettement, l’ubérisation du marché du travail, les « Gilets Jaunes », la solitude, les GAFAs. La conjonction de toutes ces évolutions semble entraîner une modification structurelle de la société qui submerge les trois personnages.

Les réalisateurs entendent mettre en lumière, les « absurdités » quotidiennes auxquelles l’injonction d’efficacité et l’omniprésence technologique nous confrontent. Porté par la crème des comédiens français, ce film réussit à merveille son objectif, à savoir à forcer le spectateur à une prise en conscience du cercle vicieux dans lequel notre société hyper-connectée nous entraîne et appelle à l’image des personnages à une solidarité accrue pour faire face à ces enjeux qui souvent nous dépassent.

Enfin, la bande originale, créée à partir de la musique de Daniel Johnston, mort en décembre 2019, auquel les réalisateurs rendent ici un hommage touchant, entre merveilleusement en écho avec ce film, toujours entre tristesse et gaieté.

Visuel : © Les films du Worso – No Money Productions – France 3 Cinéma – Pictanovo – Scope Pictures – 2019

Tonight: Dassault Systèmes presents « Virtual Harmony »
BERLINALE : « Undine » : D’eaux douces et profondes
William Meignan

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *