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Les « sauveurs de l’héritage culturel syrien » livreraient-ils Palmyre aux pilleurs ?

Les « sauveurs de l’héritage culturel syrien » livreraient-ils Palmyre aux pilleurs ?

06 octobre 2016 | PAR Charles Filhine-Trésarrieu

Selon l’OSDH, la guerre en Syrie est malheureusement bien partie pour dépasser le cap des 300 000 morts, et c’est évidemment ce qui est le plus tragique dans cette crise. Cependant le patrimoine culturel de la région est lui aussi durement touché. Le sort que les fanatiques du mouvement Etat islamique ont réservé à une partie des vestiges de la cité antique de Palmyre l’année dernière a ému le monde entier. Mais la reprise de la ville par les troupes de Damas et leur alliés de Moscou n’aurait pour autant pas signé l’arrêt des pillages.

Palmyre, l’un des joyaux de l’histoire pré-islamique au Moyen-Orient, est devenu un objectif stratégique dans ce conflit. Le régime de Bachar al-Assad, aidé par le matériel et l’intervention des soldats russes envoyés par son allié Vladimir Poutine, se félicitait de la reprise de la ville, le 27 mars 2016, des mains des sbires de l’Etat islamique. On se souvient de la retransmission du concert donné devant un public de 400 personnes et dirigé par le chef d’orchestre Valéri Guerguiev au coeur même des ruines de la cité antique. Palmyre, dont les monuments s’élèvent encore aujourd’hui plus de 2 000 ans après leur construction, n’est pourtant pas encore réellement sauvée de la destruction.

Au début de l’année 2015, l’avancée vers l’ancienne cité des troupes de Daesh, qui avaient déjà détruit des pièces du patrimoine culturel à Mossoul, inquiétait tous les observateurs internationaux. En août 2015, ces inquiétudes se sont avérées fondées avec l’arrivée du groupe extrémistes à Palmyre et la destruction du temple de Baalshamin entre autres. Les troupes d’al-Assad et Poutine, lorsqu’elles ont repris la ville quelques mois plus tard, se sont alors déclarées garante de l’intégrité des vestiges et protectrices de l’héritage culturel syrien. On peut cependant douter de ces affirmation quant on constate ce que les bombes des soldats fidèles au régime baasiste font subir au patrimoine à Alep ces derniers mois entre autres. Mais il semblerait qu’au-delà des apparences, les soldats du régime de Damas et leurs alliés russes ne soient en fait de piètres gardiens de musée.

Ali Cheikhmous, un des membres de l’organisation Association for the Protection of Syrian Archaeology (APSA) qui regroupe des archéologues et des chercheurs syriens exilés à Strasbourg, déclare en effet que les saccages ont continué depuis mars dernier. L’universitaire possède toujours des contacts sur place et estime que le commerce d’antiquités volées sur le site prospère toujours. Il serait organisé par les même personnes, ceux qui effectuaient les pillages lorsque Daesh était aux commandes et qui continuent encore leurs opérations. Pourtant le site est désormais bouclé par les militaires russes, qui ont établit leur base à l’intérieur même du site classé au patrimoine de l’UNESCO et ne laissent pas même les membres du régime d’al-Assad entrer dans les ruines. Selon Ali Cheikhmous, la corruption des soldats postés à Palmyre aurait facilement permis aux pilleurs de contourner le problème…

Visuel : © Ghaylam – Flickr

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