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« 9 jours à Raqqa » de Xavier de Lauzanne : comment Leila Mustapha porte l’espoir au cœur des ruines

« 9 jours à Raqqa » de Xavier de Lauzanne : comment Leila Mustapha porte l’espoir au cœur des ruines

08 septembre 2021 | PAR Alice Martinot-Lagarde

Sélectionné par le Festival de Cannes 2020, le documentaire de Xavier de Lauzanne va à la rencontre de Leila Mustapha jusqu’en Syrie où la jeune maire de Raqqa travaille à la reconstruction de sa ville en ruines. Film inspirant, il révèle un mouvement d’unité et de résilience incroyablement mené par une femme et affiche l’espérance qui peut renaître après des années d’atrocités.  

Rebâtir Raqqa, réparer les blessures

« Nous n’avons rien pu sauver d’autre que nos vies ». La citation est forte, lourde de sens et illustre l’horreur vécue lorsque Daesh prend possession de Raqqa et proclame la ville capitale de l’État islamique en Syrie. Le 20 octobre 2017, après sept années d’une guerre considérablement destructrice et meurtrière, les Forces démocratiques syriennes libèrent la ville. Au-delà des milliers de victimes et des vies bouleversées, 80% de Raqqa est en ruines. Il faut entièrement reconstruire, rassembler les habitants et redonner espoir. Le chantier est immense. 

C’est le travail auquel s’attelle Leila Mustapha depuis ce jour. Née en 1988 à Raqqa, la jeune femme kurde y a grandi. Diplômée en ingénierie civile et major de promotion, elle reste d’une grande humilité et partage avec émotions le traumatisme de la guerre. Elle s’engage bien avant la libération de la ville et participe à la création du Conseil Civil de Raqqa, une assemblée citoyenne chargée de la gestion de la municipalité une fois la paix rétablie. Elle en est rapidement désignée co-présidente aux côtés d’un homme arabe, dirigeant ainsi un modèle de société singulier pour le Moyen-Orient reposant sur le multiculturalisme, la parité et la démocratie. 

Un film inspirant et porteur d’optimisme

Le documentaire suit le voyage de Marine de Tilly, journaliste et autrice, en avril 2019. Admirative de l’histoire de Leila Mustapha et de son projet pour Raqqa, elle décide d’en faire le sujet d’un livre et part à sa rencontre. Réalisateur de nombreux documentaire, notamment D’une seule voix (2009), Xavier de Lauzanne est séduit par l’idée de changer le regard sur une partie du monde que l’on ne voit que sous le prisme de la violence et l’accompagne avec sa caméra. Il filme leurs quelques jours passés aux côtés de Leila Mustapha, mais ce ne sont pas les images qui frappent le plus. Il y a d’abord la sublime musique composée et interprétée par le trompettiste Ibrahim Maalouf, mais surtout une grande place est laissée à la parole des différents interlocuteurs, une façon de donner de l’importance à cette population meurtrie et de faire entendre leur voix jusqu’en France. 

9 jours à Raqqa est le premier film d’une trilogie intitulée La vie après Daesh, dont les deux autres opus devraient sortir en salles courant 2022. Ponctué d’images d’archives, le documentaire revient brièvement sur les événements depuis 2011, situant une chronologie et permettant de mieux comprendre le contexte politique général à l’époque au Moyen-Orient. L’idée est surtout de parler des initiatives sans précédent qui ont pu naître dans le contexte de désolation et de douleur qu’ont été les années sous l’État islamique à Raqqa. Le film se place ainsi sous le signe de la résilience mais aussi de la coexistence entre les communautés, dont l’unité est mise en valeur à l’écran. 

Enfin, il témoigne de la présence des femmes et de leur importance dans la guerre et dans la renouveau que connait la Syrie. Bien que Leila Mustapha fasse figure d’exception dans une région du monde où les femmes sont particulièrement méprisées, le documentaire montre à quelle point elles se sont battues pour retrouver leur liberté, et en cela s’avère tout à fait féministe. Leurs actions et leur engagement est d’autant plus intéressant à souligner qu’elles ont été les premières dénigrées par Daesh, incarnant ainsi une réaffirmation des droits fondamentaux et une nécessité de justice éminemment tournée vers le futur.  

 

9 jours à Raqqa – La vie après Daesh – Partie 1, de Xavier de Lauzanne. Avec Leila Mustapha et Marine de Tilly. Photographies de Jean-Matthieu Gautier. Musique originale d’Ibrahim Maalouf. 1h30. Le 8 septembre 2021 au cinéma. 

La femme, la vie, la liberté de Marine de Tilly, 2020. Paru aux Éditions Stock

 

Visuel © image du film 

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