A l'affiche
« Le Traducteur » : retour vibrant sur les espoirs de la révolution syrienne

« Le Traducteur » : retour vibrant sur les espoirs de la révolution syrienne

13 octobre 2021 | PAR Alice Martinot-Lagarde

Acclamés pour leur court-métrage Mare Nostrum en 2017, les réalisateurs et producteurs syriens Rana Kazkaz et Anas Khalaf présentent leur premier film. Thriller réussi sur la révolution de 2011 en Syrie et les violences du régime de Bachar al-Assad, Le Traducteur est à voir au cinéma à partir du 13 octobre. 

Interprète pour la délégation syrienne aux Jeux olympiques de Sydney en 2000, Sami fait une erreur de traduction qui lui coute son retour au pays. Resté en Australie où il refait sa vie, il suit de loin les drames qui ont lieu en Syrie en raison d’un contrôle politique qui condamne toute contestation. Alors que Bachar al-Assad succède arbitrairement à son père à la tête du pays, des manifestations pacifiques surviennent à Damas dans l’espoir d’obtenir une certaine libéralisation du régime mais elles sont fortement réprimées. Activiste, le frère de Sami est enlevé par les autorités qui veulent le faire taire. Celui-ci décide alors de retourner en Syrie clandestinement dans le but de lui venir en aide et de soutenir sa famille. Il y découvre un pays sous extrême tension où l’optimiste se meurt à mesure que les arrestations, de plus en plus nombreuses, tentent de mettre fin à la révolte. 

Rana Kazkaz et Anas Khalaf prennent ici le parti de montrer la révolution syrienne au travers d’un œil extérieur mais profondément touché par la colère du peuple qui est le sien. Souvent éclipsé des imaginaires par l’arrivée de Daesh et les horreurs de la guerre qui n’en finit plus, le printemps arabe a pourtant bien eu lieu en Syrie, témoignant d’une fervente volonté de mener le régime vers plus de démocratie et de respect des droits de l’homme. Sami porte le regard d’un exilé qui ne reconnait plus son pays, à l’époque déjà fortement éprouvé par la violence d’État et les difficultés économiques. Le film parle ainsi de l’arrachement physique à sa terre et son histoire mais aussi du déracinement et de la distance provoqués par un régime déconnecté de son peuple et de ses valeurs. 

Ziad Bakri, déjà remarqué dans la série Le Bureau des Légendes, crève l’écran dans le premier rôle de ce long-métrage haletant et nous donne à voir un personnage à la fois empathique et déterminé à ne pas déroger à ses convictions. Il est entouré de Yumna Marwann, qui incarne avec force la belle-sœur de Sami, mais également d’acteurs syriens ayant connu et milité pour plus de liberté en Syrie au moment de la révolution en 2011. Mais leur présence à l’écran n’est pas seulement symbolique en tant qu’ils incarnent l’état d’esprit de ces moments d’espoir. Le Traducteur est finalement à voir sous le prisme de l’orientation tragique vers laquelle s’est dirigé le pays par la suite dans la mesure où il rend hommage à un peuple dont on a balayé les aspirations à coup de brutalité sans nom et de parole muselée. Il remet au centre l’importance des mots et la puissance que peut représenter la simple faculté de s’exprimer, une forme de révérence à ceux qui résistent malgré le silence. 

Le Traducteur de Rana Kazkaz et Anas Khalaf, avec Ziad Bakri, Yumna Marwan, David Field, Sawsan Arsheed, Miranda Tapsell. 1h45. Au cinéma le 13 octobre. 

Visuel : © image du film

L’agenda cinéma de la semaine du 13 octobre 2021
« Gelsomina », lumineux Spin Off de LA STRADA à la Comédie Nation
Alice Martinot-Lagarde

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture