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La nouvelle saison de l’Opéra de Lyon est annoncée sous le signe « des guerres et des rois »

La nouvelle saison de l’Opéra de Lyon est annoncée sous le signe « des guerres et des rois »

20 mars 2017 | PAR Elodie Martinez

Samedi dernier se tenait à l’Opéra de Lyon la conférence de presse annuelle annonçant la saison prochaine de la maison lyrique en parallèle de son festival. Comme pour la saison actuelle, la prochaine se composera de 9 opéras dont 5 nouvelles productions et, cette fois-ci, l’oeuvre en version de concert en coproduction avec le Théâtre des Champs-Elysées dans le cadre de leur partenariat annuel. Une saison 2017-2018 « dont le fil rouge pourrait être « des guerres et des rois » », selon le directeur Serge Dorny.

La rareté sera également de prime cette saison, comme le montre l’oeuvre choisie pour l’ouverture de la saison : l’oratorio War Requiem de Britten, composé le 30 mai 1962 après la Seconde Guerre Mondiale et créée lors de la reconstruction de la cathédrale de Coventry détruite par les bombardements. Il s’agit d’une oeuvre de paix sur la guerre écrite pour trois interprètes de trois nationalités différentes : la soprano russe Galina Vichnevskaïa , le ténor Peter Pears et le baryton Dietrich Fischer-Dieskau. Dans un souci de respect de la volonté du compositeur, la maison lyonnaise a fait appel à trois artistes respectant les trois nationalités différentes : Ekaterina ScherbachenkoPaul Groves et Jochen Schmeckenbecher. Daniele Rustioni dirigera cette oeuvre en tant que chef permanent officiel puisqu’il prendra ses fonctions à la rentrée, tandis que Yoshi Oida (à qui l’on doit la mise en scène de Peter Grimes lors du festival Britten en avril 2014) mettra en scène cet oratorio. Il ne s’agira d’ailleurs pas du premier oratorio mis en scène dans ses murs : le Messie, travaillé par Deborah Warner en décembre 2012, avait marqué les esprits.

La seconde oeuvre sera elle aussi une rareté puisqu’il s’agit de Mozart et Salieri de Rimski-Korsakov, s’inspirant du drame éponyme d’Alexandre Pouchkine, accessible pour les enfants puisqu’il s’agira d’une oeuvre courte déjà donnée à l’Opéra de Lyon en 2010 et mis en espace par Jean Lacornerie. Suivra ensuite une oeuvre du répertoire pour les Fêtes de fin d’année avec La Cenerentola de Rossini en coproduction avec l’Opéra d’Oslo où elle vient de triompher dans une mise en scène Stefan Herheim. Stefano Montanari, que les lyonnais connaissent bien pour ses multiples venues dans ces murs, dirigera l’Orchestre ainsi que Cyrille Dubois (que nous qualifiâmes de Belmonte anthologique dans l’Enlèvement au Sérail donné in loco en fin de saison dernière) qui sera Ramiro pour la première fois de sa carrière, Nikolay Borchev en Dandini ou encore Michèle Losier dans le rôle de la Cenerentola.

Le Cercle de craie (Der Kreidekreis en allemand) ouvrira l’année dans une nouvelle production qui devrait être attendue. En effet, si l’oeuvre est non seulement très rarement jouée dans le monde, elle le sera ici pour la toute première fois en France! Richard Brunel, qui a déjà mis en scène L’Empereur d’Atlantis, s’attellera à cette oeuvre où il retrouvera la basse Piotr Micinski (la Mort dans L’Empereur d’Atlantis) sous la baguette de Lothar Koenigs.

Arrivera ensuite le festival tant attendu qui sera un « festival Verdi ». Il marque cependant une différence avec les années précédentes : la troisième oeuvre proposée est en réalité celle donnée en version de concert en novembre en coproduction avec le Théâtre des Champs-Elysées. Les contraintes budgétaires auraient-elles pousser l’Opéra à la suppression d’un opéra? Toujours est-il que cet Attila devrait être un beau moment avec Daniele Rustioni (également à la direction des deux autres opéras donnés dans le cadre du festival), Dmitry Ulyanov dans le rôle-titre, Alexey Markov en Ezio, Tatiana Serjan en Odabella et Riccardo Massi en Forresto. La recréation de la production de 2012 de Macbeth, mis en scène par Ivo van Hove, sera pour sa part donnée en mars avec Elchin Azizov dans le rôle-titre et Susanna Branchini dans celui de la célèbre Lady Macbeth. Enfin, Don Carlos sera donnée dans sa version française retravaillée pour être la plus fidèle possible et sera un temps fort de cette saison. Cette nouvelle production, mise en scène par Christophe Honoré (à qui l’on doit ici Dialogues des Carmélites ou encore Pelléas et Mélisande), verra pas moins de trois prises de rôle : Sergey Romanovsky en Don Carlos, Stéphane Degout en Rodrigue et Sally Matthews en Elisabeth de Valois, sans oublier Michele Pertusi dans le rôle de Philippe II.

Nous arriverons ensuite en mai (et une date début juin) avec une commande et donc une création de l’Opéra de Lyon, GerMANIA d’Alexander Raskatov sur les textes d’Heiner Müller, Germania Mort à Berlin et Germania 3. Le compositeur est à l’origine de Coeur de chien en 2014, jusqu’à aujourd’hui son unique opéra. La mise en scène est confiée à John Fulljames à qui l’on doit celle de Benjamin, dernière nuit. L’occasion de réentendre Piotr Micinski, cité plus haut pour son rôle dans Le Cercle de craie.

La saison terminera ensuite par un autre de ses temps fort, Don Giovanni, mis en scène par David Marton (Orfeo ed Eudice, La Damnation de Faust). Stefano Montanari sera au pupitre tandis que Julien Behr sera Don Ottavio, Antoinette Dennefeld (découverte dans Le Roi Carotte) sera Elvira pour notre plus grand plaisir tandis que le charmant Philippe Sly  » à la belle voix sombre de basse plus suave que caverneuse » (disions-nous ici) sera Don Giovanni.

Parallèlement à ce programme d’opéras en grande salle, l’Opéra de Lyon réitère son désir d’ouvrir l’opéra en plus jeunes en mettant en scène trois opéras courts hors les murs : Journal d’un disparu de Janacek, mis en scène par Ivo van Hove au TNP de Villeurbanne, La Belle au bois dormant de Respighi, nouvelle production mise en scène par Barbora Horakova au Théâtre Croix-Rousse, et enfin Histoire du soldat de Stravinski mis en scène par Alex Ollé au Radiant-Bellevue. Une politique qui fonctionne puisque 40% du public venu assister à l’Enfant et les Sortilèges cette saison n’était encore jamais venu à l’Opéra de Lyon!

A nouveau, un seul récital lyrique sera au programme, celui de Stéphane Degout, de même que divers concerts autour de thèmes variés. La danse ne sera bien sûr pas oubliée et mettra à l’honneur Jiri Kylian dans différents spectacles. Jérôme Bel créera également une oeuvre qu’il veut « emblématique du XXIè siècle » et y inclue donc William Forsythe et Trisha Brown. L’Arlésienne et Carmen de Roland Petit seront également repris avant qu’un programme ne réunisse Maliphant, Millepied et Forsythe.

Une nouvelle saison riche donc, qui a de quoi ravir le public, sans oublier la formation d’un orchestre de chambre au sein de l’Orchestre de l’Opéra de Lyon que nous entendrons bientôt dans Alceste, en mai prochain, avant qu’un tournée ne soit organisée chaque année à partir de la saison prochaine. En 2018-2019, l’artiste accompagné sera Sandrine Piau autour de Haendel, puis Marie-Nicole Lemieux la saison suivante. Enfin, la maquette de cette année a été réalisé avec des clichés du photo-reporter Corentin Fohlen, mettant en parallèle chaque oeuvre avec une situation actuelle (le camp de réfugiés de Dadaab à l’est du Kenya, considéré comme le plus grand au monde, sera ainsi l’image pour War Requiem, tandis qu’un cliché représentant la crise à Athènes sera celle pour Macbeth). La maison lyonnaise poursuit ainsi avec cette nouvelle saison son « rôle d’acteur-citoyen » selon les termes de Serge Dorny, célébrant le grand répertoire, faisant découvrir des oeuvres rares et participant à la création par le biais de commande. Il n’y a plus qu’à attendre à présent l’ouverture des abonnements puis de la billetterie…

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Elodie Martinez
Après une Licence de Lettres Classiques et un Master en Lettres Modernes, Elodie découvre presque par hasard l'univers lyrique et a la chance d'intégrer en tant que figurante la production du Messie à l'Opéra de Lyon en décembre 2012. Elle débute également une thèse (qu'elle compte bien finir) sur Médée dans les arts en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis, en parallèle d'un stage dans l'édition à Paris, elle découvre l'univers de la rédaction web et intègre l'équipe de Toute la culture où elle participe principalement aux pages d'opéra, de musique classique et de théâtre. Elle a aussi chroniqué un petit nombre de livres et poursuit l'aventure une fois rentrée sur Lyon. Malheureusement, son parcours professionnel la force à se restreindre et à abandonner les pages de théâtre. Aujourd'hui, elle est chargée de projets junior pour un site concurrent axé sur l'opéra, mais elle reste attachée à Toute la culture et continue d'être en charge de l'agenda classique ainsi que de contribuer, à moindre échelle, à la rédaction des chroniques d'opéra.

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