Opéra
Un Pelléas et Mélisande sexualisé à l’Opéra de Lyon

Un Pelléas et Mélisande sexualisé à l’Opéra de Lyon

21 juin 2015 | PAR Elodie Martinez

Peu de temps après la production à Lille de ce même opéra, Lyon propose Pelléas et Mélisande de Debussy, mis en scène par Christophe Honoré dont son travail sur Dialogues des Carmélites avait marqué les esprits par son efficacité. Les voix étaient alors de véritables joyaux qu’on ne se lassait pas d’écouter et c’est donc avec plaisir que l’on retrouve autour du metteur en scène deux anciennes carmélites : Sylvie Brunet-Grupposo et Hélène Guilmette.

Il faut bien avouer que Christophe Honoré est une nouvelle fois magnifiquement entouré vocalement : si en 2013 Hélène Guilmette paraissait moins convaincante en Blanche que ses consœurs dans leurs personnages, pouvant donner une certaine appréhension sur sa prestation actuelle, nous sommes entièrement rassurés. La cantatrice campe en effet une Mélisande de toute beauté sans faille vocale ou scénique : jeu et voix donnent ici vie et dimension à ce personnage à la partition bien moins facile qu’elle n’y paraît. Le ténor Bernard Richter (Pelléas) laisse lui aussi entendre une voix maîtrisée dont les quelques (trop) rares envolées touchent de plein fouet. Le Golaud de Vincent Le Texier (qu’on a déjà pu voir dans la Médée de Cherubini mis en scène par Warlikowski) est en tout point admirable : possessif, mais tout de même trahie, on commence par le plaindre et fini par le détester avant de le retrouver pathétique puis détestable ou presque dans sa folie. Certains diront que la vois tremble quelques fois sans que cela ne gêne, d’autres ne le relèveront même pas. A noter que nous aurons le plaisir de le revoir sur cette même scène la saison prochaine dans La Juive d’Halévy.

Outre ce trio de premier choix, les rôles secondaires sont loin de ne pas être bichonnés : la mezzo Sylvie Brunet-Grupposo (Geneviève), justement originaire de Lyon, n’a ici qu’un seul défaut : on aimerait tant que son rôle soit plus important et on regrette de ne pas l’entendre plus longtemps, chacune de ses interventions étant un délice. La basse Jérôme Varnier présente lui aussi un Arkel de grande qualité et le jeune Léo Caniard, élève de la Maîtrise de l’Opéra, est véritablement bluffant dans le rôle d’Yniold. Vocalement, il n’y a donc aucune distinction entre premiers rôles et seconds rôles : la qualité est constante, pour notre plus grande joie.

La mise en scène est elle aussi une surprise, beaucoup plus mitigée mais réussie : malgré le nombre important de représentations de cet opéra, cette production se démarque et on ne peut que s’en souvenir. Christophe Honoré pose un décor à la fois imposant et simple qui valse pour changer les lieux de représentation. Un ballet de toute beauté auquel se joint un écran permettant de basculer dans un univers plus cinéaste permettant par exemple de gros plans sur ce qui se passe à l’intérieur de la voiture sur scène. Lors de la scène des retrouvailles de Pelléas et Mélisande en-dehors des remparts, le décalage entre ce qui se passe sur scène et le film ne laisse aucun doute quant à l’enregistrement de ce dernier. On s’interroge alors sur le choix de ne pas filmer en direct : est-ce une volonté esthétique ou bien simplement pratique ? Quoiqu’il en soit, ce n’est pas très gênant.

Ce qui l’est, en revanche, c’est bien la vision adoptée par le metteur en scène qui sexualise la romance. Loin de tomber dans le pornographique, nous assistons tout de même à des scènes qui ne laisse aucun doute sur l’acte commis sous nos yeux. Les « adieux » de Golaud à sa femme, par exemple, choque quelque peu lorsqu’il se place derrière elle et débute ses mouvements du bassin. Les mots échangés entre Pelléas et Mélisande prennent également une tout autre connotation autour de la fontaine et l’on découvre une œuvre pas si innocente que ça. L’inversion opérée dans la scène de la tour est également très intéressante, Pellés en haut du mur et Mélisande au sol, puis les retrouvailles sur la voiture. Tout est inattendu ici, désemparant, faisant perdre nos repères habituels : que cela plaise alors ou non, on ne peut pas dire que ce ne soit pas un travail réussi !

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Elodie Martinez
Après une Licence de Lettres Classiques et un Master en Lettres Modernes, Elodie découvre presque par hasard l'univers lyrique et a la chance d'intégrer en tant que figurante la production du Messie à l'Opéra de Lyon en décembre 2012. Elle débute également une thèse (qu'elle compte bien finir) sur Médée dans les arts en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis, en parallèle d'un stage dans l'édition à Paris, elle découvre l'univers de la rédaction web et intègre l'équipe de Toute la culture où elle participe principalement aux pages d'opéra, de musique classique et de théâtre. Elle a aussi chroniqué un petit nombre de livres et poursuit l'aventure une fois rentrée sur Lyon. Malheureusement, son parcours professionnel la force à se restreindre et à abandonner les pages de théâtre. Aujourd'hui, elle est chargée de projets junior pour un site concurrent axé sur l'opéra, mais elle reste attachée à Toute la culture et continue d'être en charge de l'agenda classique ainsi que de contribuer, à moindre échelle, à la rédaction des chroniques d'opéra.

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