Opéra
Dialogues des carmélites à l’opéra de Lyon : La révolution nationale au Carmel

Dialogues des carmélites à l’opéra de Lyon : La révolution nationale au Carmel

06 novembre 2013 | PAR La Rédaction

Par David Desvallées

 

L’Opéra de Lyon a présenté en octobre les Dialogues des Carmélites de Francis Poulenc dans une mise en scène de Christophe Honoré. En s’essayant à l’opéra pour la première fois, le cinéaste à la mode situe en pleine Révolution nationale le Carmel de Poulenc, « sauvé » par une distribution musicale prodigieuse.

[rating=4]

Dix ans après son premier opéra Les Mamelles de Tirésias (1947), Francis Poulenc adapte la pièce de Georges Bernanos avec Dialogues des Carmélites, qui relate l’exécution des Carmélites de Pontoise, guillotinées sous la Terreur en 1794. L’œuvre demeure très connue pour son final : les sœurs entonnent une prière tandis que leurs voix s’éteignent une à une, au fur et à mesure que le couperet de la guillotine tombe. Cet opéra bouleversant soulève, à travers les dialogues entre les sœurs, des interrogations métaphysiques sur la foi, la dévotion au Christ, ou la peur de la mort.

Au pupitre, le chef permanent de l’Opéra de Lyon, Kazushi Ono, dirige brillamment la partition de Poulenc, considérée comme une œuvre majeure du XXe siècle. Un subtil équilibre entre les voix et l’orchestre est préservé pour les pages musicales les plus imposantes et comminatoires. Le plateau est servi par une distribution féminine irréprochable, autour de la soprano québécoise Hélène Guilemette (Blanche de la Force) et d’Anaik Morel (Sœur Marie de l’Incarnation). Un bravissimo de circonstance adressé à Sylvie Brunet-Grupposo, dans le rôle de Madame de Croissy, qui expire après une longue agonie.

La mise en scène contemporaine de Christophe Honoré souligne la profondeur du livret. C’est un Carmel d’aujourd’hui, dépouillé de ses apparats religieux, qui abrite les sœurs. La scénographie est délibérément sobre. Un décor unique laisse apparaître de grands murs qui se lézardent, comme pour évoquer la cassure avec l’Ancien Régime et le nouveau monde en marche, représenté par une vue de Paris en construction. Les costumes de la vie ordinaire mettent en relief l’essentiel : la vie en communauté de ces femmes. Elles se consacrent à la prière, au chant ou à des activités, toujours en symbiose. Un travail de mise en scène abouti et apte à retenir l’écoute du public, quand les Dialogues sont un opéra -disons-le- verbeux.

Une ombre aux quatre derniers tableaux à relever : un climat de Révolution nationale couve soudainement. L’Etat français est aux portes du Carmel, les révolutionnaires et leurs brassards tricolores ont quelque chose de gestapiste. La dernière note retentit, des poings levés se dressent, menaçants. L’expression d’un salut communiste ? D’une révolution, l’autre… Hasta siempre !

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