Opéra

Un Barbe-bleue sous le signe du métier de Laurent Pelly

Un Barbe-bleue sous le signe du métier de Laurent Pelly

01 juillet 2019 | PAR Gilles Charlassier

Tandis que le festival Bru Zane met Paris à l’heure d’Offenbach, avec entre autres, une nouvelle production de Madame Favart, Lyon met à l’affiche un Barbe-bleue réglé par un des incontournables metteurs en scène dans ce répertoire, Laurent Pelly.

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C’est un duo qui a redonné une nouvelle jeunesse à l’oeuvre d’Offenbach depuis maintenant plus de deux décennies. Avec le Barbe-bleue lyonnais de cette fin de saison, c’est le onzième ouvrage du compositeur français que met en scène Laurent Pelly, avec sa complice Agathe Mélinand qui adapte habilement les dialogues pour que la poésie humoristique, sinon satirique, du grand Jacques fasse mouche comme à la création, sans pour autant céder au-delà du nécessaire aux facilités de la transposition.

La relecture grinçante par Meilhac et Halévy du conte de Perrault prend ici le tour d’une chronique de faits divers, croquant allégrement les appétits de la presse. Le décor de Chantal Thomas en joue habilement, tapissant le plateau de unes de quotidien au premier acte, de couvertures de gazettes mondaines formant une frange de rideaux au palais du roi Bobèche. L’atmosphère pastorale du tableau augural devient un tableau de campagne, avec sa ferme et son tas de fumier, qui rappelle un peu, en moins aseptisé, la scénographie de l’Elixir d’amour réglé pour la Bastille il y a une dizaine d’années – et régulièrement repris depuis –, tandis que la noblesse se pare d’un kitsch généreusement coloré, au ridicule savoureux. On reconnaît la force comique d’une direction d’acteurs, avec des ensembles au cordeau, en particulier dans la seconde partie, au-delà d’effets jubilatoires parfois un peu prévisible. Quant aux lumières de Joël Adam, leur efficacité à accompagner les situations ne faiblit jamais.

Dans le rôle-titre grimé à la manière d’une racaille en blouson de cuir et nuque rasée, Yann Beuron affirme l’éclat délié et agile qu’on lui connaît, à peine mûri par les ans, et à la diction sans reproche, comme l’ensemble de ses partenaires. Héloïse Mas réserve une Boulotte à la voix gourmande, idéale pour magnifier les minauderies de la nymphomane, que la mezzo française sait moduler avec un bel instinct. Jennifer Courcier séduit en Fleurette juvénile et mutine. Carl Ghazarossian ne manque pas de fraîcheur lyrique en Prince Saphir. En Popolani, Christophe Gay déploie une déclamation assurée qui équilibre au plus près de l’incarnation la ligne de chant et l’autorité de la parole. Thibault de Damas ne démérite aucunement en Comte Oscar, quand Aline Martin s’acquitte sans faiblesse des répliques de la Reine Clémentine. Rôle parlé, le Roi Bobèche revient à un Christophe Mortagne irrésistible dans l’hystérie du pouvoir. Préparés par Karine Locatelli, les choeurs remplissent avec enthousiasme leur office, et fournit les effectifs des cinq femmes de Barbe-bleue, ainsi que l’apparition d’Alvarez. Dans la fosse, Michele Spotti impulse une vitalité sans relâche, qui se conjugue avec le métier de la mise en scène.

Gilles Charlassier

Barbe-bleue, Offenbach, mise en scène : Laurent Pelly, Opéra de Lyon, juin-juillet 2019

©Stofleth

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