Opéra

Madame Favart, ou la verve à la source

Madame Favart, ou la verve à la source

23 juin 2019 | PAR Gilles Charlassier

L’Opéra Comique referme la saison de manière jubilatoire, avec un Offenbach un peu oublié, et on ne peut plus opportun, dans les murs de l’institution dirigée par Olivier Mantei : Madame Favart.

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Ce ne pouvait avoir lieu qu’à la salle Favart, l’autre nom de l’Opéra Comique. Dramaturge et compositeur du siècle des Lumières, Charles-Simon Favart a défendu sans relâche le genre de l’opéra-comique, face aux privilèges de l’Académie royale de musique (l’Opéra) et du Français (la Comédie Française), au point que la première grande salle parisienne dédiée à cette forme à l’esprit piquant, mêlant les arts et maniant la parodie, portera son nom. Favart se trouve désormais lié à l’Opéra-Comique, au point d’en désigner le lieu. Mais le destin de cet homme de lettres est solidaire de celui de sa femme, Justine Duronceray, qui a fait carrière sous son nom marital, Madame Favart, et fut bien plus qu’une simple muse : interprète de premier plan également auteure et compositrice, elle se révéla pionnière dans un certain réalisme de l’incarnation théâtrale – en particulier les costumes.

Parmi les ouvrages inspirés au dix-neuvième siècle par la vie haute-en-couleur de ce couple d’artistes, l’opéra-comique d’Offenbach reste le plus abouti. Complots amoureux et quiproquos rythment le livret alerte de Duru et Chivot, où s’entend la pâte de l’ « amuseur du Second Empire », dont la partition joue parfois habilement avec le sourire tendre du pastiche. L’enchaînement des péripéties réserve un deuxième acte étourdissant pour les yeux et les oreilles, tandis que le finale du troisième se sert des ficelles dramatiques pour dénouer brillamment l’intrigue, quitte à enjoliver un peu la réalité historique.

Réglée par Anne Kessler, Sociétaire de la Comédie Française qui franchit le pas de la mise en scène, cette redécouverte est placée sous les auspices incontournables du Palazetto Bru Zane, et constitue l’un des temps forts de la septième édition du festival parisien du Centre de musique française romantique, consacrée opportunément à Offenbach, dont on célèbre le bicentenaire – occasion idéale de sortir des sentiers battus et continuer à défendre les pièces moins célèbres que ses illustres Orphée aux enfers, Belle Hélène ou Vie Parisienne. Dessinée par Andrew D. Edwards, et habillée par les lumières d’Arnaud Jung, la scénographie rend hommage aux ateliers de coutures de la maison, en une sorte de patio transposant les ballottements des intimités de l’auberge, tandis que les miroirs du logement de fonction de Hector de Boispréau, nouvellement promu lieutenant de police de Douai, disent autant la vanité sociale qu’ils servent de paravents aux ressources comiques des situations.

Dans les costumes de Bernadette Villard, évoquant plus la France de la Troisième République naissante que l’Ancien Régime, le plateau vocal fait honneur à la verve d’Offenbach, autant qu’à l’école française du chant, dans une diction sans reproche. Dans le rôle-titre, Marion Lebègue affirme une irrésistible versatilité expressive, inénarrable dans son imitation de la comtesse de Montgriffon, sans sacrifier un timbre rond et chaud qui se prête à toutes les séductions, et exerce un évident ascendant sur son époux, Favart dont Christian Helmer résume la jovialité semée d’inquiétudes. Anne-Catherine Gillet se montre idéale en Suzanne, palpitante de juvénilité et de sentiment, face au Boispréau de François Rougier, lequel trouve un rôle où s’expriment ses moyens de comédien autant que l’éclat souple de sa voix. Franck Leguérinel, en Cotignac, et Eric Huchet, en Pontsablé, donnent toute leur mesure dans des emplois de caractère qui ne négligent pas les notes. Mentionnons encore les savoureuses interventions de Biscotin de Lionel Peintre et du sergent Larose de Raphaël Brémard, sans oublier celles du choeur de l’Opéra de Limoges, préparé par Edward Ananian-Cooper, ni les babils de la Maîtrise populaire de l’Opéra Comique. Dans la fosse, Laurent Campellone fait respirer les couleurs légères et la vitalité des pupitres de l’Orchestre de Chambre de Paris pour rendre justice à une partition attachante.

Gilles Charlassier

Madame Favart, Offenbach, mise en scène : Anne Kessler, Opéra Comique, jusqu’au 30 juin 2019

© S Brion

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Gilles Charlassier

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