Danse
Nouvelle édition de Vidéodanse : le corps est en jeu au Centre Pompidou

Nouvelle édition de Vidéodanse : le corps est en jeu au Centre Pompidou

09 juin 2015 | PAR Flora Vandenesch

Du 20 mai au 14 juin, cette deuxième édition de Vidéodanse propose des rencontres, des performances et des projections autour du concept de jeu chorégraphique au Centre Pompidou. Le parcours interroge la manière dont la danse intègre la dimension élargie du jeu, au sein d’une installation conçue par l’artiste Chloé Quenum. Parmi la sélection de films projetés sur un mur de l’espace 315, les différentes approches attirent notre attention. Des créations, des instants dansés, mais aussi des portraits de chorégraphes sont immortalisés dans cette exposition.

Au sol, sont jetés des tapis orientaux rouge sombre, bleu roi et vert émeraude, qui rehaussent la pâleur du mur couleur crème où sont projetées les images. Sur des marches et des promontoires, on peut s’assoir sur les tapis moelleux et prendre au vol quelques bribes qui donnent un aperçu de l’écriture en danse contemporaine. La possibilité de voir et d’entendre des chorégraphes s’exprimer sur leur travail est précieuse, le bonheur de voir ou revoir des ballets dont les figures sont captées par un autre réalisateur est manifeste. Dès le premier plan du film Cesena, réalisé par Olivia Rochette, on découvre Anne Teresa de Keersmaeker qui présente son ballet donné à Avignon 2013, à la cour d’honneur du Palais des Papes. Interviewée par Bojana Ctvejic, elle raconte comment a été pensé le projet Cesena, écrit en collaboration avec le chef d’orchestre Björn Schmelzer, pour treize danseurs de la compagnie Rosas et un ensemble vocal de six chanteurs. Dans un premier temps, on regrette de ne pouvoir regarder l’ensemble du ballet et de découvrir ses sens cachés à travers des témoignages entrecoupés de passages rapides. Alors peut-être que pour un tel travail, tout voir d’abord et tout dire ensuite aurait plus d’impact que ces correspondances linéaires dans lesquelles on perd pied. Puis, on se laisse porter par le propos.

Björn Schmelzer, fondateur de Graindelavoix (ensemble de musique ancienne et collectif d’artistes) intervient aussi, notamment dans l’une des thématiques abordées, « Dancers singing, dancers dancing ». « Dans cette pièce, 19 performers sont tout le temps sur le plateau ». « Le collectif créé le flux principal ». Pour lui, l’instrument est la voix. Pour la chorégraphe, l’instrument est le corps. Plus que jamais ici, on entend que la danse raconte une histoire. La dramaturgie narrative est claire mais les chemins de pensée à l’origine des motifs chorégraphiques ne sont pas donnés à voir facilement au public. Et la question vient aux lèvres de Anne Teresa de Keersmaeker : « dois-je tout révéler au public? » La chorégraphe donne des clés et montre elle-même les mouvements, « les phrases », qu’elle a imaginés les mimant tout en suivant le fil de sa pensée, évoquant le motif de la rosace, au coeur même du dispositif de Cesena. Moment rare.

A contrario, le film CRWDSPCR, réalisé par Elliot Caplan, dose savamment moments de danse et moments de narration, la voix off du chorégraphe accompagnant les danseurs en mouvements. Il révèle une des facettes de Merce Cunningham. On l’entend donnant ses directions, indiquant « la diagonale à suivre », « montez », « en bas », « finissez immobiles », on le voit peu, parfois en pleine réflexion, pensif, devant son ordinateur. Les répétitions et les cours sont à New York, dans un grand studio clair baigné par la lumière de la ville, ouvert sur le New Jersey. Les témoignages des danseurs sont touchants : « votre corps se souvient d’un rythme et retrouve les sensations », « sa façon d’enseigner vous laisse beaucoup de libertés », « notre travail personnel est essentiel ». Et le choix de montrer le travail de Merce Cunningham en amont, quand la création commence à peine à se profiler, parait judicieux.

The Match, une réalisation de Peter Richards sur la chorégraphe Deborah Hay, New-Yorkaise elle aussi, s’inscrit dans une belle continuité. On découvre un autre travail, la captation d’une chorégraphie où la question du jeu est centrale. Beaucoup d’éléments ressortent de ces images. On suit 4 danseurs qui, ensemble, dansent en silence puis prennent la parole et chantent, dans un succession d’harmonies et de ruptures, une des danseuses s’adressant tout à coup au public dans un langage inconnu, exprimant la souffrance et le désarroi, dans une recherche de la neutralité et du non-spectaculaire. On reçoit le ballet avec autant d’impact à travers l’écran qu’en temps réel, peut-être grâce à l’intimité de la salle, la chaleur de l’atmosphère en moins.

Le parti-pris est le même dans l’approche choisie pour aborder Jerôme Bel avec Le Dernier spectacle. Réalisé par Aldo Lee, le film donne à voir un spectacle du chorégraphe créé en 1998. Avec quatre interprètes qui apparaissent tour à tour devant un micro, quatre figures emblématiques du spectacle sont évoquées. Jérôme Bel apparait dès la première image et dit « je suis Jérôme Bel ». Suit un long plan fixe, seuls ses yeux bougent, sa montre sonne, il sort. Puis les figures d’Hamlet, Susanne Linke et André Agassi lui succèdent. Ils s’allongent au sol et dansent. La musique s’élève, la magie opère. Un moment de grâce et de beauté se suspend sur la toile et parvient jusqu’à nous. Un hymne à la singularité, à la richesse intérieure, à ce que l’être exprime de singulier même dans la reproduction de mouvements multiples, posant la question du je (et du jeu) dans le dédoublement des personnalités, leur reflet en chacun de nous.

Visuel : @Andrea Macchia, Un Nouveau festival 2015 / Vidéodanse « le corps en jeu »
Au Centre Pompidou, du 20 mai 2015 au 14 juin 2015, de 11h00 à 21h00, Espace 315 – Paris

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