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Les corps rassurants et les corps menaçants du Festival Move

Les corps rassurants et les corps menaçants du Festival Move

07 octobre 2022 | PAR Adam Defalvard

Ce jeudi 6 octobre c’était l’ouverture du Festival Move au Centre Pompidou, festival qui met à l’honneur cette année la scène tchèque. Trois semaines d’expositions et de performances autour de la question des corps collectifs qui ont débuté avec les luttes de pouvoir charnelles de Lukáš Hofmann.

Corps rassurants

Nous avons eu l’occasion d’avoir une visite guidée éclairante de l’exposition par sa commissaire Caroline Ferreira. Cette année, le Festival Move collabore avec la Galerie Nationale de Prague à l’occasion de la présidence de l’Union Européenne par la République Tchèque. Une exposition évolutive dont le centre qui sert de scène va changer au gré des semaines et des performances qui s’y tiennent. Les artistes invités interrogent le corps en proposant une réflexion sur sa place dans le monde contemporain. 

The Polyphonic Womb de Marie Tucková nous accueillent en son sein. Des tapisseries représentant des arbres vaginaux constituent un cocon où l’on entre pour s’asseoir sur la moquette parsemée de coussins qui, une fois assemblés, forment une vulve. Au centre du cocon se trouve un écran sur lequel apparaissent des arbres, une rivière sèche, des interrogations sur fond bleu et la voix chantée de l’artiste qui résonne. Une installation particulièrement efficace qui réussit à créer un espace rassurant et intime dans lequel on souhaiterait bien se laisser bercer. 

Avec une idée similaire d’espace réconfortant, Sunset Sonata de Julia Grybos et Barbora Zentková se compose de bancs et d’éléments métalliques sur lesquels sont tissées de fines cordes de tissue. Dégradé de couleurs réalisé grâce à des infusions de thé et cire parfumée, cette installation met en avant la nécessité de prendre soin de soi et de son corps face à une société en crise. On ressent cependant peu de réconfort dans cet espace très froid malgré la beauté du travail du tissu, peut-être que c’est cela justement la portée de l’oeuvre, le métal l’emporte. 

Corps inquiétants

Lukàš Hoffman présente une installation vidéo reprenant une de ses performances réalisée à Prague. Intitulée Sospiri, on y voit des corps se rapprocher, baver et embrasser des vitres. Sur un grand écran au fond d’une salle où des filets de protection de bâtiments pendent comme des toiles d’araignée, ces corps en quête de contact se détachent dans une atmosphère mystique et envoûtante. 

Half-trained Arguments, des soeurs Daniela et Linda Dostálková, propose de très belles vidéos où une contorsionniste joue avec une dinde congelée, vidéos que nous sommes invités à regarder en prenant place dans des grands paniers pour chien. La portée militante de l’installation autour du bien-être animal semble assez confuse mais le travail vidéo est hypnotisant et l’on se laisse emporter par son aspect répétitif, notre corps à la place de l’animal dans son panier. 

L’exposition est à voir pendant l’intégralité du festival jusqu’au 23 octobre, plus d’informations ici.

Shakespeare et Haute-Couture

Pour ouvrir le festival, Lukàš Hofmann présente Incarnate, une performance qui pendant une heure et demie a invoqué un imaginaire entre le conte de fée et Game of Thrones. Après un prologue dans les collections du musée, les six performeurs nous entraînent au niveau -1 pour 5 tableaux : la science, l’amour, la religion, la violence et l’argent. 

Les costumes évoquent la haute-couture et l’imaginaire des légendes et des contes pendant que les corps des performeurs se mettent en mouvement dans une sensualité lente. Le tout dans une bataille pour le trône sur lequel tour à tour ils vont prendre place. Les performeurs gagneraient parfois à se lâcher davantage puisque les moments où ils le font captivent le public. Des grimaces, le bouffon du roi qui attrape en vol des raisins lancés depuis le trône, des rires, ces propositions où l’on sent que la performance se prend moins au sérieux brillent encore plus. Dans ces moments ils incarnent réellement l’imaginaire shakespearien, avec ses rois et reines à la fois ridicules et cruels. 

À corps perdu

L’esthétique très travaillée est magnifique, on a l’impression d’assister à un défilé de mode étrange mais éblouissant. Lorsque l’une des performeuses se fait assassiner en boucle par les autres, on se trouve soudain transporté dans un jeu vidéo de fantasy qui prend une tournure à la fois drôle et inquiétante. Cette bataille de pouvoir vaine montre des corps cherchant désespérément à exprimer leur beauté, leur besoin de contact et leur quête sans limite de pouvoir sur l’autre. Les dynamiques changent constamment entre les performeurs et l’on regrette parfois qu’il n’y ait pas plus d’engagement physique violent à l’instar du moment où l’un d’eux se fait noyer par un autre. Une performance qui reste souvent dans le silence mais qui s’agrémente parfois des très beaux chants des interprètes, de « Stoned at the Nail Salon » de Lorde jusqu’au « Lacrimosa » de Mozart.

La note finale est d’ailleurs une reprise de « I Know The End » de Phoebe Bridgers, sur une mélodie réalisée par l’un des performeurs glissant ses doigts sur des verres d’eau. Chacun allume une allumette, la laisse se consumer et en rallume une autre. Un moment particulièrement puissant de la performance qui fonctionne très bien avec la musique choisie. Ce dernier tableau se dissipe et laisse le public sur les dernières paroles de la chanson : « The end is here ». Étonnamment, on aurait presque envie de rejoindre les performeurs dans leur danse macabre pour le trône.  

Jusqu’au 9 octobre, pour plus d’informations cliquez ici.

Avec : Magdalena Mitterhofer, Roman Ole, Daena Phan, Lukàš Hofmann, Nico Walker et Inti Wang.

Visuels : Photos des expositions et de la performance ©Adam Defalvard.

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