Opéra
Werther à l’Opéra de Tours

Werther à l’Opéra de Tours

08 octobre 2022 | PAR Vladimir

Nous étions ce mardi 4 octobre à l’Opéra de Tours pour écouter l’opéra Werther de Jules Massenet, interprété par Régis Mengus dans le rôle titre, accompagné par l’orchestre symphonique de Tours, dirigé par Laurent Campellone.

« Pourquoi me réveiller, ô souffle du printemps ? »

Ces mots poétiques de Goethe devinrent avec le temps, sur la musique de Massenet, l’ode du romantisme, celle d’un jeune amoureux éconduit et blessé, qui préfère épouser la mort plutôt que la solitude, et l’absence de l’être passionnément aimé, jusqu’au désespoir.
Massenet, après le succès immense de sa Manon à l’opéra comique, fit de son adaptation musicale des souffrances du jeune Werther, le symbole du romantisme « à la française » cet opéra pourtant inspiré du héros allemand. Mais Massenet transcende Goethe, le fait sien, en étoffant notamment le personnage de Charlotte pour sortir du monologue mélodramatique, en focalisant l’attention tour à tour aussi bien sur l’amoureux que sur la désirée, et créant ainsi une des plus belles chroniques musicales de l’amour jamais écrite.

Il est souvent difficile de mettre en scène le manque cruel d’action de Werther, qui ne sont que pensées suicidaires, souffrances intimes et réflexions personnelles, et c’est une proposition intéressante de Vincent Boussard que nous avons pu découvrir ce soir. Suivant la volonté de Massenet, il place le personnage de Charlotte au centre du réceptacle des sentiments. Tout semble graviter autour d’elle, et la mise en scène pousse le spectateur à recevoir, comme cette femme désemparée, les menaces suicidaires de l’amoureux. Elle doit, malgré tout, vivre ce Noël étrange, où les enfants chantent à tue tête, et où tout s’agite, sans prendre garde au drame qui se joue. En femme de caractère, elle s’emploiera à partir du deuxième acte à essayer de régler le cas Werther, essayer de le ramener à une raison qu’il a déjà depuis longtemps perdue.
L’interprétation de Héloïse Mas est bouleversante, mélange de force apparente et de tourments feutrés dans sa voix large et émotive. Elle fait parfaitement ressentir ce trouble.
Régis Mengus (Werther) emportera aussi l’auditoire, notamment à partir du troisième acte (présence des tubes oblige) où son interprétation se révèle plus fragile et nuancée que dans le début de l’opéra. La jeune Marie Lys, qui tente elle aussi de séduire un Werther aveugle est parfaite de clarté et de gaieté, ce qui fait tellement de bien dans cet opéra dépressif.

Le chef d’orchestre Laurent Campellone connaît parfaitement son affaire, c’est un des grands spécialistes de l’opéra français du 19e siècle, et il va chercher les couleurs romantiques de l’orchestre, la beauté des timbres et ceci sans jamais « wagnériser » l’orchestre, en lui gardant sa clarté et son orchestration française.
Il met en valeur les musiciens (magnifique pupitre de cors notamment) et la plus belle trouvaille d’orchestration de Massenet, la présence du saxophone dans l’orchestre symphonique. L’air de Charlotte, accompagné du plaintif instrument reste un des plus beaux moments de la soirée.
Les costumes de Christian Lacroix sont classiques, romantiques, élégants et le décor de Vincent Lemaire sobre et de bon gout, on reste au service des tourments de l’âme.
Mention spéciale aux enfants de la maitrise du conservatoire de Tours, parfaitement préparés et d’une belle justesse.

Les souffrances du jeune Werther… et de l’opéra de Tours

Comme notre héros, l’opéra de Tours souffre, ou plutôt la culture souffre.

A l’heure où une ministre nous affirme « que toutes les musiques sont égales » la conservation du patrimoine musical de l’opéra ne peut (faute de modèle économique viable) se passer de l’aide financier de l’état et des municipalités. La culture ne semble pourtant plus au cœur des préoccupations de bon nombres d’entre elles, et de Tours en particulier.

Mardi en effet, le rideau ne s’ouvrait pas directement sur l’œuvre de Massenet mais sur trois représentants de l’orchestre désemparés qui annonçait au public la réduction des représentations à l’opéra de Tours et des répétitions de moitié, faute de soutiens financiers nécessaires. L’opéra de Tours n’ouvre le rideau que 36 fois dans l’année, dans pourtant l’une des plus grandes régions de France, la seule qui fut dépourvue d’un orchestre symphonique. Gageons que le ministère et les municipalités réalisent que ces cultures là ont besoin d’un soutien financier impératif pour continuer à préserver notre patrimoine, autant que de faire vivre des passionnés dont la musique est la vie et le sacrifice.

visuels (c) Marie Pétry 

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Vladimir

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