Danse
Les exils en corps et en mots aux Francophonies en Limousin

Les exils en corps et en mots aux Francophonies en Limousin

24 septembre 2016 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Depuis le 21 septembre, Limoges vit au rythme de la francophonie. Pour cette édition des Francophonies en Limousin, les regards se tournent vers Port-au-Prince en invitant Guy Régis Junior, le directeur du Festival des Quatre Chemins. Lors de la journée du vendredi 23 septembre, toutes les attentes se tournaient vers Trans… , la création de Julien Mabiala Bissila, DeLaVallet Bidiefono, Stéphane Bensimon et du Collectif Zavtra.

14h30 : L’ennui plane sur La Maison Vague.

Sur le papier ce spectacle sonnait parfaitement. Patrick Corillon et Dominique Roodthooft sont aux manettes prêts à nous conter les histoires des marins devenus ramoneurs. La pièce part d’une bonne idée, celle de reconstituer un musée imaginaire, le musée de la Maison Vague qui se trouverait à Glasgow. Mais voilà, rien ne fonctionne dans ce spectacle linéaire. Pourtant les films d’animations de Patrick Corillon sont élégants et le récit de Dominique Roodthooft est digne d’un griot de talent. Mais rien ne sauve la monotonie, pas même l’harmonium dont joue en live Thomas Smetryns. On ne peut que penser à l’inventivité des Stereoptik qui en matière d’animation pour le jeune public ont prouvé que l’on pouvait faire du très neuf avec de vieilles ficelles.

18H30 : La belle surprise que fut Trans… .

Au commencement il y a des rencontres, toujours. Là ce fut entre l’Afrique et l’Europe, entre l’auteur Julien Mabiala Bissila, le chorégraphe DeLaVallet Bidiefono, le comédien et musicien Stéphane Bensimon et les acteurs du Collectif Zavtra.
La première image est celle d’un showman, quasiment un chauffeur de salle. Juste avant, comme une préface, une voix d’enfant, en off, murmurait des questions sur le pays d’origine de sa grand-mère. Elle y répondra tout à la fin du spectacle. Entre, c’est une explosion de corps qui se jettent, sautent et tournent dans un mix qui semble complètement évident de danse occidentale et africaine. Il est impossible de savoir qui vient de Limoges et qui de Brazzaville. Il n’est question ici que des maux et des morts de l’Afrique. Et les images sont d’une force et d’un impact parfaits : les morts dansent au Bar Attentat, les travestis en Boubou veulent marier les jeunes filles contre leur volonté. La musique live passe de la techno au classique sans sourciller.
On regrette quelques erreurs : le texte vient doubler les corps, ce qui est inutile, et le spectacle parfois se perd. Cela est un détail car dans l’ensemble Trans… prouve que Julien Mabiala Bissila et DeLaVallet Bidiefono sont des chorégraphes et des metteurs en scène avec lesquels il faut compter.

20H30 : Le joli insipide de Salia Sanou.

Du Désir d’Horizons était normalement un passage sûr de cette édition et c’est pourtant un hors-sujet qu’a proposé l’excellent chorégraphe Salia Sanou. Le point de départ du spectacle pose souci : « Depuis l’automne 2014, Salia Sanou et les danseurs du Centre de Développement Chorégraphique La Termitière conduisent des ateliers de danse au sein du camp de réfugiés maliens de Sag-Nioniogo et de Mentao au Burkina Faso, dans le cadre du programme Refugees on the moove « . Le sujet est donc celui d’un exil impossible. La première image du spectacle fonctionne parfaitement : elle est seule, à la fois mobile et immobile dans le silence. Bientôt d’un mur métallique présent sur scène dont on comprendra qu’il est fait de lits de camp, sortiront neuf danseurs. Ensuite le spectacle fondra dans une proposition mielleuse et néo-classique. La danse hésite, entre cassures et élégantes volutes. Le texte de Nancy Huston sur Beckett ne fonctionne pas et vient polluer la danse. Quand à la progression de la pièce elle glisse vers l’incompréhension la plus totale dans une tentation de comédie musicale du siècle dernier. Dommage.

Mais Les Francophonies en Limousin ne proposent pas que des spectacles. Le matin, les festivaliers le savent, ont lieu les traditionnelles lectures de L’imparfait du présent. Ce matin, les élèves de l’Ecole du Nord (direction Christophe Rauck) ont lu La Profondeur des forêts de Stanislas Cotton (Belgique) et L’Aveu de Wael Kaddour (Syrie). Ces lectures sont dirigées par Guy Régis Junior et sont une double entrée sur les talents à suivre et les textes qu’il faudrait monter. Demain dimanche vous pourrez entendrez au Théâtre Expression 7 Anges fêlé(e)s de Éva Doumbia (France) et Crème glacée de Marie-Hélène Larose-Truchon (Canada – Québec).

Visuels : C.PEAN

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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