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[Critique] du film « Juste la fin du monde » Xavier Dolan nous laisse insensible

[Critique] du film « Juste la fin du monde » Xavier Dolan nous laisse insensible

24 septembre 2016 | PAR Gilles Herail

On attendait évidemment avec impatience le retour de Xavier Dolan après la claque de Mommy. Juste la fin du monde nous laisse pourtant plus indifférent que sonné, ne retrouvant pas l’intensité émotionnelle et la générosité débordante de son précédent film. Le cinéaste obtient quelques moments de grâce de la part de certains comédiens (Cassel, Baye et Cotillard) mais son regard manque cruellement d’empathie. Laissant le spectateur suivre à distance des joutes verbales plus ou moins puissantes qui sonnent malheureusement creux. (Voir également notre critique cannoise beaucoup plus enthousiaste !)

[rating=2]

Synopsis officiel: Après douze ans d’absence, un écrivain retourne dans son village natal pour annoncer à sa famille sa mort prochaine. Ce sont les retrouvailles avec le cercle familial où l’on se dit l’amour que l’on se porte à travers les éternelles querelles, et où l’on dit malgré nous les rancoeurs qui parlent au nom du doute et de la solitude.

Xavier Dolan est depuis quelques années le chouchou du cinéma d’auteur international. Le jeune cinéaste québécois a connu une accélération de carrière inédite, enchaînant les films (6 en 7 ans) et accumulant les récompenses prestigieuses. Le phénomène était avant tout critique mais Mommy lui a permis pour la première fois de rencontrer un large public. Grâce à un tourbillon d’émotion, d’argot, d’accent, d’amour passionnel, de violence incontrôlable, d’hilarant, de déchirant. Une machine infernale qui absorbait le spectateur avec une rare intensité, que Juste la fin du monde peine malheureusement à reproduireDolan, qui affectionne les effets de style et les outrances, a clairement pris un risque en adaptant un huit-clos théâtral verbeux qui ne lui permet pas d’utiliser ses armes favorites. On comprend la démarche d’un réalisateur qui s’est toujours construit dans le rapport à la critique et se met ici au défi de faire faire plus sobrement. Mais la discrétion de la mise-en-scène, au service des performances d’acteurs et des dialogues, ne fait qu’accentuer l’absence cruelle de fond et d’émotion.

L’énergie de Mommy venait avant tout de ses comédiens, pour la plupart méconnus en France et qui apportaient une incroyable spontanéité. Juste la fin du monde a fait le choix opposé, réunissant 5 poids lourds du cinéma français (Nathalie Baye, Vincent Cassel, Léa Seydoux, Gaspard Ulliel et Marion Cotillard) pour rechercher la démonstration de force et le contre-emploi. Une intention qui se retourne contre le film, passant plus de temps à observer ses comédiens qu’à nous raconter une histoire. Xavier Dolan fait du sous Maïwenn, poussant ses comédiens dans leurs retranchements sans qu’ils ne réussissent jamais à s’effacer derrière leurs personnages. La direction d’acteurs n’évite parfois pas le grotesque, maîtrisant mal l’exubérance de figures grimées et déguisées qui en font des tonnes en permanence. Xavier Dolan mène sa barque sans fulgurance, nous plongeant dans des relations familiales troubles dont l’hystérie ne sonne pas toujours juste. Le scénario déroule son alternance attendue de calme et de tempête, sans avoir grand chose à nous dire. Et on reste souvent insensible devant ces vociférations permanentes qui ne nous en apprennent jamais plus sur le mal-être de cette famille.

Juste la fin du monde réserve heureusement quelques moments de grâce qui rappellent que Dolan fait partie des grands cinéastes du moment. Les scènes oniriques clippées et la réinterprétation de tubes pop provoquent encore quelques frissons. On est ému par les yeux embués d’un fils (Vincent Cassel) qui crie son manque de reconnaissance, la lucidité cruelle d’une mère (Nathalie Baye) qui sait que son fils n’est là que de passage, les hésitations bafouillantes d’une belle sœur (Marion Cotillard) qui comprend mieux que tout le monde ce qui se joue devant ses yeux. Il y a des débuts de, des pistes de, des promesses de, mais le sentiment qui ressort en sortant de la salle est une profonde frustration. Dolan singe l’enveloppe de la maturité mais son huit-clos « grands sentiments » est un exercice théorique plutôt vain, qui ne lâche pas les chevaux et semble toujours sur la défensive.

Gilles Hérail

Juste la fin du monde, un drame franco-québécois de Xavier Dolan avec Nathalie Baye, Vincent Cassel, Léa Seydoux, Gaspard Ulliel et Marion Cotillard, durée 1h35,  sortie le 21/09/2016

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Gilles Herail

One thought on “[Critique] du film « Juste la fin du monde » Xavier Dolan nous laisse insensible”

Commentaire(s)

  • R Pat

    Je viens de voir ce film qui m’a complétement bouleversée et suis d’accord lorsque je lis que cela rappelle des durs moments de notre enfance dans une famille similaire, où pas tant que la violence mais ces choses que l’on garde au plus profond de soi, bien enfouis, plutôt que de les partager car l’on sait par avance que l’on ne sera pas compris…C’est un film bourré d’émotions à n’en plus pouvoir et qu’il faut absolument voir!

    novembre 6, 2016 at 21 h 49 min

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