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[Critique] « Mommy » : Xavier Dolan filme avec maestria l’amour impossible entre une mère et son fils

[Critique] « Mommy » : Xavier Dolan filme avec maestria l’amour impossible entre une mère et son fils

11 septembre 2014 | PAR Hugo Saadi

Après un Tom à la ferme angoissant, maîtrisé et surprenant, un prix du Jury au dernier festival de Cannes accompagné d’un magnifique discours de remerciement, Xavier Dolan, ce jeune prodige de 25 ans que l’on ne présente plus, continue de nous surprendre par ses talents de mise en scène, de direction d’acteurs et d’écriture. Avec Mommy, il revient aux sources, en reprenant le thème de la relation mère-fils qu’il avait déjà abordé dans son premier film, J’ai tué ma mère. [rating=5]

La première chose qui frappe devant Mommy, c’est le format 1:1 qui permet un cadrage plein centre ne laissant apparaître aucun vide dans l’image se focalisant ainsi sur les acteurs et offrant une succession de gros plans et de champs contre champs favorisant l’immersion. Le format intensifie alors chaque scène de dialogue où une grande charge émotionnelle est véhiculée et plonge le spectateur la tête la première dans une histoire bouleversante qui nous met dans tous nos états et travaille l’esprit longtemps après le générique de fin.

La filiation entre Mommy et J’ai tué ma mère existe bel et bien, mais cette fois-ci le réalisateur québécois ne dépeint pas un fils qui déteste sa mère mais plutôt la difficulté d’une mère, Diane (Anne Dorval) a gérer l’amour débordant de violence de son jeune garçon, Steve (Antoine-Olivier Pilon) atteint d’hyperactivité et déficit de l’attention. Dans ce nouveau combat pétri d’amour, Kyla (Suzanne Clément), la voisine d’en face qui souffre de bégaiement viendra porter assistance à cette famille monoparentale dysfonctionnnelle et redonner une lueur d’espoir au duo. Pour son 5ème film, Xavier Dolan s’entoure de ses partenaires de jeu habituels. Anne Dorval (J’ai tué ma mère, Les Amours Imaginaires, Laurence Anyways) est splendide en mère chic enchainant les tirades vulgaires et les touches d’affection, Suzanne Clément (J’ai tué ma mère, Laurence Anyways) plus en retrait magnifie ses scènes grâce à sa folle performance de jeune femme bègue complètement perdue au sein de sa propre famille. Enfin, Antoine-Olivier Pilon (vu dans le clip College Boy d’Indochine réalisé par Dolan), est grandiose en véritable tornade passant de la haine et de la violence à l’amour et à la tendresse.

Mommy est une œuvre bouleversante où la tension succède à l’émotion et vice versa, les disputes s’enchainant pour accoucher sur des scènes respirant un amour impossible. Les dialogues y sont pour beaucoup dans ce tourbillon d’émotions où grâce à une noirceur et une vulgarité omniprésentes, Dolan arrive à mettre mal à l’aise le spectateur tout en lui provoquant des fous-rires.

Il pimente également Mommy de bouffées d’air frais grâce à un coup de génie qui se caractérise par un changement soudain du format. Comme souvent chez Dolan, la bande-originale est soignée. Dido, Céline Dion ou encore Andrea Bocelli viennent s’incruster dans le scénario pour offrir des performances à nous faire frissonner. En somme, aucune ombre au tableau, Mommy est donc à ce jour le meilleur film du jeune cinéaste.

Mommy, un film de Xavier Dolan, avec Anne Dorval, Suzanne Clément et Antoine-Olivier Pilon. Drame canadien, 2h14. Sortie au cinéma le 8 octobre 2014.

Visuels © MK2 / Diaphana

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