Danse

Du joli et du génie pour « Nouveaux Talents danse » au Théâtre de la ville

Du joli et du génie pour « Nouveaux Talents danse » au Théâtre de la ville

20 septembre 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le Théâtre de la ville, avec le soutien de la Fondation d’entreprise Hermès, donne à ses lauréats du concours Danse élargie l’occasion de montrer leurs spectacles en format long. Hier, la danse folklorique de Maud Blondel s’opposait au cynisme brillant de Simon Tanguy.

Tout commence avec Lignes de conduite de Maud Blandel. La chorégraphe et danseuse est proche des univers figuratifs, elle a d’ailleurs travaillé avec Rachid Ouramdam. Sa carrière est établie, elle est notamment artiste associée à l’Arsenic (Lausanne).

Dans un geste très classique en danse contemporaine, elle interroge la répétition du mouvement. Ici, la Tarentelle est exploitée. L’utilisation des danses traditionnelles dans la grammaire contemporaine n’est pas neuve. Elle a été magnifiée par Alessandro Sciarroni dans Folks, par Christian Rizzo dans d’Après une histoire vraie, ou encore un peu plus récemment par Alexandre Roccoli dans Weaver Quintet.

Si les chorégraphes interrogent ces formes de danses non savantes, c’est que là se trouve le geste infini. Un geste presque pur, transmis dans une filiation culturelle. Pour ce quatuor féminin, il s’agit du pas de tarentelle accentué par un balancier de bras. La raideur du haut du corps et les déphasages qui s’invitent rappellent les premiers travaux d’Anne Teresa de Keersmaeker (cet effet est accentué par l’utilisation de la musique répétitive américaine). On salue le décor, composé d’une énorme cloche et l’esthétique de la proposition. Mais le manque de modernité épuise notre regard et l’ennui monte. Le beau ne suffit pas à faire spectacle.

Autre spectacle et autre univers, sans aucun lien ni aucune transition. Simon Tanguy, le lauréat de la première édition de Danse élargie en 2010, a depuis fait du chemin. Cet été au Off d’Avignon il revendiquait la force performative de la logorrhée. Avec Fin et suite il rassemble au plateau un autre quatuor mais celui là est défoncé.

Margaux Amoros, Jordan Deschamps, Margaux Marielle-Trehouart et Sabine Riviere sont très très impressionnés par la lumière très cheloue qui s’approche d’eux. Ils semblent être une bande d’amis qui retiennent la nuit habillés dans des tenues de soirée à la fois kitsch, seventies et vintage.

Voila. C’est fini. Vraiment fini. Mais quoi faire alors ? A l’image du petit bonhomme de Wolinski toujours au bord de la falaise, ils se demandent quand s’arrêter pour de vrai.

Encore une fois, l’artiste associé à la scène nationale de Saint Brieux, La Passerelle, explore ses deux axes de travail qui sont le corps laxe et la parole en action. Dans cette course contre le pire, les danseurs glissent au sol à reculons et le souffle se coupe. Tanguy prouve une nouvelle fois qu’il a une identité chorégraphique très forte. Il a une manière de faire qui n’est que la sienne, et ses mouvements se reconnaissent, comme une signature.

Les interprètes sont magnifiques et excellent dans tous les rôles fous que le chorégraphe leur impose. Ils sont clowns, ils sont acteurs, ils sont bien évidemment danseurs. La danse est comme toujours chez Simon Tanguy une désarticulation de pantins. Tout est libre ici, les hanches comme les nuques. La chorégraphie se fait très belle plus le spectacle avance en nous installant dans une forme très sérieuse et un état de tristesse. Il est tout de même question de notre disparition, et même en riant, cela reste difficile à avaler. Cela est posé dès le debut, quand Sabine dit : « Peut-être que c’est justement l’occasion de tout mettre à plat et de penser à ce qu’on ce qu’on a envie de garder et ce qu’on va perdre à tout jamais ».

La pièce s’inscrit dans une tendance très actuelle. Tanguy fait spectacle de la collapsologie avec un humour et des références littéraires solides. La fin du monde est la grande invitée des plateaux de danse et de performance. Et comme chez Castellucci, il convoque avec justesse le Sacre du printemps, comme si la lumière au bout du chemin, cet aveuglement, pouvait être un espoir.

L’espoir que nous avons nous, c’est que cette pièce soit reprise à Paris et dans sa version totale.

Visuel : ©Konstantin Lipatov

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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