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Simon Tanguy : « La danse est le relais de la parole »

Simon Tanguy : « La danse est le relais de la parole »

06 juin 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Simon Tanguy, danseur génial dont on vous a souvent parlé ici et , prend ses quartiers d’été à Avignon et s’installe au Off. Il joue Inging,  un solo pendant trois semaines au Théâtre de l’Oulle. Rencontre.

Quelles sont les contraintes à jouer dans le Off ?
Les deux contraintes principales sont l’investissement financier que cela demande (couplé du risque de déficit) et de réussir à faire venir les spectateurs.

Pourquoi ce choix ?
Pour pouvoir jouer pendant 3 semaines le même spectacle. Ce sera ma 1ère occasion de pouvoir plonger dans un travail aussi longtemps, de persister pendant cette série. En général, les spectacles ne sont pas assez joués. Cela amène un manque de visibilité et aussi des pièces moins rodées. Jouer dans le Off est une des solutions, pas forcément la meilleure. L’économie, découlant du Off, étant critiquable.
Mais je tiens beaucoup à ce solo inging.
Je pense que c’est une pièce qui est différente des autres.
D’où ce choix…
Et ce risque…

 Le spectacle semble loin de vos sujets, quel est le fil conducteur de ce travail neuf ?
Au premier abord Inging parait éloigné, car le spectacle explore la parole alors que les pièces précédentes étaient axées sur le mouvement et le jeu. Pourtant, tous mes spectacles, depuis 2011, s’appuie sur le flot. C’est-à-dire que le danseur est traversé par une multitude de différents matériaux, créant une multiplicité d’états, de débordements, de dédoublements.

Inging est une pratique créée par la chorégraphe New-Yorkaise Jeanine Durning (interprète aussi chez Deborah Hay). Elle l’a créée en anglais en 2010, pendant son master à Amsterdam. J’ai vu la pièce au moins 10 fois.
Le travail demande de parler de manière continue pendant 45 minutes toujours en changeant de sujet. Sans prendre de pause. Sans boire d’eau. Cela requiert de rester dans un flot, de ne pas se ménager, d’être très ouvert, très discipliné, mais aussi généreux, fou.
C’est éprouvant et jouissif, physique et philosophique. C’est une partition serrée mais qui part dans tous les sens.
L’idée première était de montrer une pièce, une œuvre qui reflète comment notre esprit fonctionne. Qui soit au plus proche de notre cerveau. Une pièce ou une pratique, qui soit faisable sans public, mais qui reste identique avec du public, tout en le prenant en compte.
Une pratique physique qui inclut des associations, des parenthèses, des commentaires, des divagations, des revendications, des montées d’émotions, des confessions.
Pour moi, cette pièce est vraiment la continuité des précédentes. Elle demande d’être rapide et constamment à l’affût. C’est une manière pour moi de refléter la vélocité actuelle dans laquelle nous vivons, l’humanité d’aujourd’hui.

Est-ce que chaque date sera différente ?
Oui, chaque date est différente puisque le texte n’est pas scripté. Ce qui est dit dépend aussi de ce que je viens de lire. La pièce demande de lire constamment, d’être submergé de lectures (fictions, essais, informations etc…). Mais le parcours corporel et dramaturgique de la pièce est identique. Le texte n’est pas de la parole automatique non plus. C’est-à-dire que j’ai accumulé des tonnes d’»archives» sur lesquelles je retombe à chaque fois mais qui n’arrivent pas au même moment dans la pièce.

Quelle est la place de la danse dans «Inging» ?
La danse est le relais de la parole. Au bout de 15 minutes, quand le diaphragme commence à surchauffer, que les gestes s’amplifient, que les émotions plus intenses arrivent, le corps s’active presque par lui-même et densifie la parole. Toujours au même moment. Le corps prend le relais et fournit différents sujets à commenter. Il aide et crée d’autres associations. Il permet de changer d’espace. Le fait d’être un danseur permet de complexifier les mouvements, de ne pas seulement marcher ou se baisser, mais de danser : jouer avec les torsions, la musicalité, les directions. La pièce aurait une toute autre allure si elle était faite par un comédien qui n’a pas pratiqué physiquement. Le corps et le texte, la danse et le langage sont comme deux vases communicants.

Est-ce que vous considérez la voix comme un mouvement ?
Dans cette pièce, ce qui fait mouvement, c’est la voix plus tout ce qu’elle inclut avec elle ; le langage, les pensées, l’association, le sens. Il y a une persistance du langage, du sens qui a force d’être trituré par la parole et le corps font déroute. Jusqu’où un individu peut pousser le langage ? Jusqu’où peut-il pousser le sens ? Qu’est-ce qui se produit si des spectateurs, des témoins, une communauté est présente, assise autour de lui pendant ce voyage ?

Simon Tanguy présentera Inging, son « monologue physique et foutraque » issu d’un concept de Jeanine Durning au Théâtre de l’Oulle du 5 au 28 juillet 2019 à 11h20.

Visuel : Simon Tanguy

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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