Danse

Dans les corps dépossédés d’Alexandre Roccoli aux Hivernales

Dans les corps dépossédés d’Alexandre Roccoli aux Hivernales

27 février 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le Festival de danse avignonnais fête ses 40 ans avec une programmation mêlant créations et archives réactivées. Par un temps sibérien, Alexandre Roccoli a  interrogé la mémoire avec Weaver Quintet, une pièce de 2017.

Un texte se déroule sur un grand voile noir. On lit les récits d’Anne Rossi, qui nous transmettent les effets du tarentulisme. Cette maladie  sévissait  chez les ouvrières tisseuses, dans les Pouilles, du XVe au XVIIe siècle. La seule façon de « soigner » ces accès de démence était de danser.

Alexandre Roccoli est passé par les classes de Mathilde Monnier et a longtemps fréquenté le Théâtre du Soleil. Sa démarche chorégraphique est plurielle. Il questionne la vidéo, le son mais surtout les gestes perdus.

Le plateau est pour l’instant flouté par le voile. On devine sur le côté des musiciens (en fait, une, Deena Abdelwahed) et deux danseuses, bientôt trois.  Daphné Koutsafti, Juliette Morel et Véra Gorbatcheva. Elles sont toutes vêtues de noir.

Le mouvement est une succession de répétitions. Tout part des pas de la Tarentelle, la danse soin, pour ensuite devenir, pour chacune, des identités. Il y celle qui tourne, celle qui se disloque au sol, celle qui étouffe un cri. La musique est incroyable. électroacoustique avant de devenir électronique. C’est elle qui dirige, qui impose le tempo au trio en cassant les nuques ou en ralentissant le geste. On a la sensation exacte d’une dépossession de soi. On est face à des femmes qui sont sur le fil. En équilibre sur ce moment horrible où elles prennent conscience de leur état de déchéance.

La lumière, très bien écrite, de Rima Ben-Brahim ajoute à la noirceur et à la tension. Le spectacle est une beauté, qui a une force chorégraphique indéniable.

Alexandre Roccoli a raison de partir de la danse pour dire les maltraitances psychologiques et les réparations. Car ici, tout passe par le corps, les cris sont étouffés, et si la folie est le lien entre les trois danseuses, rares sont les moments de calme où elles peuvent avancer ensemble. Il mêle une écriture contemporaine avec des archaïsmes, pour un résultat très intelligent.

TEASER | WEAVER QUINTET from Alexandre Roccoli | ASTE on Vimeo.

Visuel : ©Laurent Paillier

DATES À VENIR 

31 mars : CDCN le Pacifique à Grenoble
29 mars : CDCN Le Gymnase à Roubaix
10 avril : CDCN Pôle-Sud à Strasbourg

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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