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Le Musée d’Amsterdam ne veut plus du terme « l’Age d’Or » à cause du passé colonial

Le Musée d’Amsterdam ne veut plus du terme « l’Age d’Or » à cause du passé colonial

19 septembre 2019 | PAR Chloé Coppalle

Aux Pays-Bas, « l’Age d’Or » désigne le XVIIème siècle, période prospère pour un pays qui était en Europe une puissance maritime, économique, et militaire. L’adjectif désigne également le siècle d’artistes reconnus comme Rembrandt, Vermeer, Van Dyck, ou encore celui du philosophe Spinoza. Mais aujourd’hui, le sens de cette expression est remise en cause par le conservateur de la période du Musée d’Amsterdam, Tom van der Molen. 

Le jeudi 12 septembre 2019, le Musée d’Amsterdam a publié un communiqué sur son site internet, dans lequel il expliquait que la formule « Age d’Or » ne serait plus utilisée dans les expositions temporaires, ni dans les expositions permanentes. Le Musée d’Amsterdam retrace l’histoire de la ville à travers sept galeries chronologiques. Celle consacrée aux années 1600, jusqu’alors intitulée : « Galerie des portraits de l’Age d’Or » sera alors renommée : « Galerie des portraits du XVIIème siècle ». En effet, pour le conservateur de la section, Tom van der Molen, l’expression ne rend pas justice à ceux qui ont été exploités aux frais des découvertes scientifiques et géographiques européennes. « L’Age d’Or » renvoie une sonorité positive sans refléter de façon exhaustive la réalité historique, référant à une notion d’excellence, de prospérité, de paix, tout en omettant la violence de la traite négrière et de la domination coloniale. Dans ce communiqué, il parle d’une « ré-évaluation » du terme comme un pas important, car, quand la référence à l’Âge d’Or « limite le terrain », parler du « XVIIème siècle » évoque une vision plus large, plus globale, et plus distancée de cette période. Selon les mots du communiqué, l’objectif est de donner à ceux qui ont été l’objet d’une « insufficient exposure », soit d’une exposition insuffisante, leur place dans une approche plus juste de l’histoire.

Pour Taco Dibbits cependant, directeur du Rijksmuseum, cette formulation ne participe pas nécessairement à une sous-exposition de certaines réalités, et n’occulte pas une compréhension globale des événements. D’après ses propos rapportés par la chaîne néerlandaise publique, NOS, le musée continuera à utiliser ce terme. Selon lui, le XVIIème siècle reste un siècle de prospérité pour les Pays-Bas, ce qui n’empêche en rien la reconnaissance de la colonisation. La preuve en est la programmation d’une exposition consacrée à l’esclavage prévue pour l’année prochaine, au sein du Rijksmuseum. Pour Judikje Kiers, directrice du Musée d’Amsterdam, l’évolution de la langue est au contraire le début d’un long processus qui est loin d’être terminé, et relève d’un pas important pour accueillir le mieux possible une approche qui mettra tous les récits en lumière.

En histoire de l’art, cette revalorisation n’est pas innocente, puisque la période de la colonisation, longtemps restée tabou par la discipline, pose de plus en plus de questions dans les grandes institutions européennes. Le Quai Branly, par exemple, exposait l’année dernière : « Peintures des lointains. La collection de peinture du musée du Quai Branly – Jacques Chirac ». L’événement présentait une collection rester sous silence depuis les périodes des décolonisations, celle des peintures françaises réunies pour l’Exposition Coloniale de 1931. Parallèlement, le musée accueillait « Le magasin des petits explorateurs », étudiant la manière dont la colonisation était abordée dans les jeux pour enfants, actuellement au Carré Plantagenêt, jusqu’au 22 septembre 2019, au Mans. Début de l’année 2019, c’est le Musée d’Orsay qui proposa « Le modèle noir. De Géricault à Matisse », en prévoyant une exposition sans tabous. En ce moment, le Quai Branly aborde, à travers l’exposition consacrée à Félix Fénéon (1861-1944), critique d’art et collectionneurs, le débat qui eu lieu au début du XXème siècle quant à l’entrée des objets d’art venus des pays subsahariens dans les collections publiques, et notamment au Musée du Louvre. Bien avant cela, en 2017, le Président Emmanuel Macron prononçait à Ouagadougou son discours sur les restitutions des objets d’art en Afrique. Il projeta que d’ici cinq ans, les œuvres arrivées illégalement et demandées par les pays d’Afrique concernés seraient restituées, ce qui a relança des débats sur la période coloniale. En 2018, c’est la Belgique qui est concernée par la question de l’accrochage, avec la réouverture du musée de Tervuren, construit par Léopold II pour légitimer la colonisation du Congo, anciennement appelé Musée du Congo belge, puis Musée royal de l’Afrique centrale, aujourd’hui AfricaMuseum.

Ainsi, cette interrogation autour du sens donné aux termes « l’Age d’Or » s’inscrit dans le contexte actuel d’une réflexion sur l’accrochage dans les musées européens face à la période coloniale, et propose un exemple de réponse.

 

Visuel : ©Attribution 2.0 Generic (CC BY 2.0) CreativeCommons, détail de : Rembrandt, La fiancée juive, 1665, huile sur toile, 122 x 166 cm, Rijksmuseum, Amsterdam

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