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Modèles Noires au Musée d’Orsay

Modèles Noires au Musée d’Orsay

28 mars 2019 | PAR Emilie Zana

L’exposition Le modèle noir – de Géricault à Matisse au Musée d’Orsay se veut ambitieuse : elle interroge la représentation des sujets noirs dans les arts visuels à travers des facettes esthétiques, politiques, sociales et raciales, et couvre une large période s’étendant de l’abolition de l’esclavage en France jusqu’aux années 40. Focus sur des Modèles Noires.

La différence de culture, de couleur inspire l’artiste et le fait balancer entre imagination et réalité, ce que laisse d’ailleurs voir l’exposition L’Orient des peintres en ce moment au Musée Marmottan Monet. Malgré ce que suggère le titre de l’exposition, Le modèle noir – de Géricault à Matisse survole le sujet du lien intime entre l’artiste et son modèle. En effet, l’exposition entend le modèle dans son sens le plus large allant par exemple jusqu’à exposer des affiches de cirque. Pour y pallier, on s’attardera sur 4 figures féminines, peut-être muses, mais ayant en tout cas entretenu des rapports particuliers avec l’artiste. Ces figures apparaissent à travers des représentations singulières, toujours témoignant de la complexité d’une réalité historique. 

Dans un ordre chronologique, d’ailleurs suivi par l’exposition, la muse noire peut servir à l’artiste de moyen pour révéler une beauté universelle, tout d’abord dans un contexte d’intégration et d’abolition de l’esclavage.

C’est le cas de Marie-Guillemine Benoist, qui peint en 1800 l’un des tous premiers portraits de femme noire. La femme est belle, les ombres et lumières sont délicates… Il s’agit d’une ancienne esclave et domestique anonyme identifiée aujourd’hui comme étant Madeleine et que l’artiste a représentée dans une position aristocratique.

Charles Cordier quant à lui sculpte en 1851 une Venus dans un souci de caractérisation ethnique à contre-courant d’une hiérarchisation raciale (avec l’anthropométrie notamment) qui se met en place à cette époque. Selon l’historienne de l’art Anne Lafont dans une entrevue sur FranceCulture le 22 mars, à cette période « L’altérité ne se loge plus dans la couleur, même si elle est première dans l’expérience de l’autre, mais bien dans les os ».

 

Avec une vision plus « subjective » et une relation plus personnelle, on retrouve les mises en valeur par Baudelaire ou encore Matisse de la beauté particulière de leurs muses devenues célèbres. Jeanne Duval, « la féline » maîtresse de Baudelaire d’origine probablement haïtienne est notamment présente à travers ses Fleurs du Mal et dans les dessins du poète. 

Enfin, l’inspirante danseuse, chanteuse, comédienne et icône américaine Joséphine Baker, la « première star noire », est pendant les années folles la muse des artistes notamment cubistes et intellectuels d’Europe avec lesquels elle entretient d’intimes relations, face à une terre natale ségrégationniste. 

Si l’exposition est un fourre-tout en couvrant une époque aussi large et des sujets tout aussi différents, elle réussit à montrer l’ambivalence des représentations des figures noires, qui suintent la violence de la domination des blancs. Elle questionne en profondeur la notion brutale d’altérité telle qu’elle était (et est encore) perçue.

En parallèle de l’exposition, le musée d’Orsay invite l’artiste Abd Al Malik à apposer son propre regard.

Exposition Le modèle noir – de Géricault à Matisse, du 26 mars au 21 juillet 2019 au Musée d’Orsay. Ouvert tous les jours de la semaine, sauf lundi, de 9h30 à 18h et jusqu’à 21h45 le jeudi.

 

Visuels : vues de l’exposition

  • Marie-Guillemine Benoist, Portrait d’une négresse, plus tard renommé Portrait d’une femme noire ou Portrait de Madeleine, 1800, huile sur toile
  • Charles Cordier, Vénus africaine, 1851, bronze, présentée au Salon de 1852 sous le titre Une Négresse ou Vénus Noire 
  • Charles Baudelaire, Portrait de Jeanne Duval, 1865, crayon et encre
  • Tamara Kristin, maquette de costume pour Joséphine Baker, non daté, crayon noir et crayons de couleur sur papier

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Emilie Zana

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