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« Les Infamies photographiques de Sigmar Polke » : Un briseur d’images au BAL

« Les Infamies photographiques de Sigmar Polke » : Un briseur d’images au BAL

19 septembre 2019 | PAR Diane Royer

« Les Infamies photographiques de Sigmar Polke », une exposition d’un ensemble de 130 photographies inédites du photographe allemand Sigmar Polke, présentée au BAL, Paris, jusqu’au 22 décembre 2019.

 

Un Bel hommage à un artiste majeur
Sigmar Polke (1941-2010) est l’un des photographes les plus influents de la seconde moitié du xxe siècle. Dépassant les champs de la classification classique des courants artistiques, son œuvre est à la fois un objet esthétique et un outil de critique sociale et politique. Uniques en leur genre, les photographies de Sigmar Polke sont les traces des expérimentations menées sur la matière, les techniques de la photographie et le sujet.
L’exposition, organisée en collaboration avec le Museum Morsbroich de Leverkusen, en Allemagne, propose la redécouverte d’un ensemble inédit de 300 photographies datant des années 70 et 80 et provenant de la collection de Georg Polke, le fils de l’artiste.

Malmener la matière : les infamies photographiques
Les photographies de Sigmar Polke ne sont pas datées. Elles ne possèdent pas non plus de titre, à l’image de l’exposition que l’artiste organise en 1986, à la galerie Schmela, à Düsseldorf. Sans doute, est-ce une manière pour le photographe de maîtriser la matière. Peut-être, ce processus d’anonymisation est-il un moyen d’exorciser l’image, de la dépouiller du superflu pour n’en conserver que la substantifique moelle, au risque de sa disparition totale. Mise à nue, l’image exprime autre chose, elle se dévoile.

« Alchimiste de la matière photographique, poète du presque rien », Sigmar Polke immortalise des tableaux et des reproductions de peintures. Il met en lumière la reproduction de la trame du papier, de la toile.
Formé à la peinture en Allemagne de l’Ouest, après un apprentissage auprès d’un maître verrier, il n’a de cesse d’interroger le médium de la photographie à travers l’art pictural. Photographe autodidacte, il renie les règles de la discipline. Développant et tirant lui-même ses photographies, il malmène la matière, diluant, oxydant, tâchant le tirage qui a parfois subi une surexposition, une sous-exposition ou encore une double exposition.

Ainsi, Sigmar Polke dissocie-t-il la photographie de son sujet, de la réalité visible. Si ces images sont délestées de toute mimesis, elles n’en transcrivent pas moins la violence du souvenir de la guerre, du traumatisme des exactions perpétrés par le régime nazi et des tensions politiques et sociale de la guerre froide.

Le Pouvoir de l’image
Installé en Allemagne de l’Ouest depuis ses 12 ans, Sigmar Polke évolue au cœur de ce déchirement mondial. Alors qu’ils ne sont encore qu’étudiants à la Kunstakademie de Düsseldorf, Sigmar Polke et les peintres Gerhard Richter et Konrad Fischer-Lueg, fondent le courant artistique du « Réalisme capitaliste », en 1963, en réponse au réalisme socialiste, l’art officiel en Union soviétique et en République démocratique allemande, mais aussi à l’art prôné par le capitalisme occidental.

L’artiste photographie des scènes de la vie quotidiennes, des objets, des visages, paysages qui l’entourent. Aucune hiérarchie entre les tirages de ce fonds n’existe. Des scènes d’intimité se mêlent à des vues de reproductions d’œuvres d’art, des paysages à des portraits… À travers sa production artistique, Sigmar Polke semble vouloir saisir le pouvoir des images, ce qui véhicule les idéologies et les doctrines politiques et sociales, pour les vider de leur sens initial et les annihiler.
Iconoclaste photographe, Sigmar Polke est briseur d’image.

Depuis sa participation à la Documenta V de Cassel, en 1972, Sigmar Polke a bénéficié de nombreuses expositions personnelles, tant en Europe – au Hamburger Bahnhof à Berlin, au musée d’art moderne de la Ville de Paris et au Stedelijk Museum d’Amsterdam – qu’aux Etats-Unis – au Museum of Modern Art, à New York, au Museum of Contemporary Art de Chicago.

L’artiste a été récompensé de nombreux prix pour son œuvre, dont le Lion d’or pour son exposition au Pavillon ouest-allemand de la Biennale de Venise, en 1986.
Un catalogue d’exposition, accompagnant la manifestation artistique, rassemble la reproduction de 130 photographies du corpus provenant de la collection de Georg Polke et présenté au BAL, et un entretien avec l’artiste.

Visuels :

– Sigmar Polke, Sans titre, (Goya, The Olders), circa 1979-1983 Collection de Georg Polke © Sigmar Polke, Cologne/ADAGP, 2019

– Sigmar Polke, Sans titre (Hannelore Kunert), 1970-1980, Collection de Georg Polke © The Estate of Sigmar Polke, Cologne/ADAGP, 2019

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