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[Chronique] « Mafia Douce » de Pendentif : délicates orfèvreries french pop

[Chronique] « Mafia Douce » de Pendentif : délicates orfèvreries french pop

24 septembre 2013 | PAR Bastien Stisi

Pendentif - Mafia Douce

[rating=4]

C’est à n’en pas douter l’un des plus jolis noms de groupe entendu depuis bien longtemps : totémique et forcément évocateur d’une féminité délicate, le quintet mixte et bordelais de Pendentif (quatre garçons aux instruments, une fille au chant) concrétise trois années passées à accumuler les récompenses encourageantes et les premières parties prestigieuses sur un premier album (Mafia Douce) optimiste et convaincant, dont nous avons partagé les impressions aux côtés de Cindy Callède (la chanteuse) et d’Ariel Tintar (claviers et guitare).

Un single accrocheur à la candeur printanière diffusée sur les ondes cet été (« Embrasse-moi »), une programmation au sein de la première édition du festival le French Pop (Bordeaux les 17 et 18 octobre) et sur la compilation du même nom aux côtés d’Aline, de Granville, ou encore de La Femme…À première vue, Pendentif pourrait tout avoir du groupe surfant sur la vague revival initiée par les partisans d’une pop chantée dans la langue de Daho mais puisant ses influences de l’autre côté de la Manche et sur les sonorités d’un autre âge (les 80’), largement revenue sur le devant de la scène ces deux dernières années.

Pourtant, loin du présumé sentiment de cohésion et de fraternité « french pop » (« un terme de journalistes ») et de compositions modées en guise de pastiches édulcorés, Benoît Lambin et les Pendentif s’éloignent du classicisme pop quasi scientifique (chansons courtes, mélodies accentuées, textes pseudo-naïfs) théorisé par Aline dans l’album Regarde le Ciel, et préfèrent modeler une musique moins intellectualisée et plus instinctive,  au sein d’un disque entièrement passé sous le mixage expert d’Antoine Gaillet (M83, Herman Düne…). Claviériste et benjamin du groupe, Ariel témoigne : « Benoît, qui est à l’origine de la plupart des compositions, a une manière assez mathématique de faire ses chansons, en pensant beaucoup couplet/refrain. Mais ce qui est positif, c’est que l’on est certains dans le groupe à être là pour déranger sa méthode et pour mettre un coup de pied dans la fourmilière ! »

Cette confrontation intrinsèque (et bienheureuse) des idées, elle s’explique par la différence d’âge qui scinde en quelque sorte le groupe en deux (la trentaine bien tapée pour Benoît, Mathieu et Jonathan, les vingt-cinq piges encore juvéniles pour Cindy et Ariel), et télescopent des horizons sonores a priori bien éloignés : les uns ont vécu l’âge d’or de pop en français et de la new wave eighty, et se souviennent de Daho, de Gamine, de Gainsbourg, de Polnareff et des Cure, lorsque les autres ont intégré dans leurs iPods une production sonore plus contemporaine et préfèrent citer pêle-mêle Bakermat, Mount Kimbe, Frank Ocean, A$AP Rocky ou Beyoncé.

De ces influences éparses et éclectiques vient sans doute la capacité du groupe à éviter un ton sur ton trop lassant et caricatural, qui préfère favoriser la mise en place d’arrangements contraires en guise d’esthétisme clair-obscur : aux mélodies principalement claires et légères répondent parfois des paroles plus pensées et plus sombres (voir carrément crades, comme sur le meurtrier « Ondine »), qui symbolisent aussi l’évolution vécue par le groupe lors de cette dernière année : « Les morceaux du début sont des titres très légers (« Embrasse-moi », « Riviera »), alors que ceux que l’on a composé cette année (« Ondine », « Boulevard du Crépuscule ») sont clairement plus profonds. On a voulu sortir de ce côté trop naïf, que ce soit dans les mélodies ou dans le texte. »

De là à envisager pour le groupe un second opus empli d’une noirceur chaotique et névrotique ?  : « Exactement, on a prévu de tous rentrer en psychanalyse d’ici six mois », lance une Cindy soudainement devenue grave et solennelle, avant d’éclater un rire communicatif dans le ciel venteux qui assaille le sommet de la terrasse du Nüba, au sommet de la Cité de la Mode et du Design sur laquelle nous sommes attablés. « Par contre, j’aimerais bien intégrer quelques tonalités R&B et rap sur le second album », poursuit-elle, les pensées déjà tournées vers les prochaines échéances du groupe, qui arrivent à toutes enjambées : le 14 novembre prochain, Pendentif vivra à la Maroquinerie son premier concert parisien dans la peau d’une tête d’affiche. L’occasion de faire perdurer encore, comme le rappelle le joli gimmick textuel du groupe, la belle et lointaine folie de la Mafia Douce.

Pendentif, Mafia Douce, 2013, Discograph, 46 min.

Visuel : © pochette de Mafia Douce de Pendentif

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Léonora Miano, La saison de l’ombre
Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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