Pop / Rock
[Live report] Autour de Lucie et Aline à l’Alhambra

[Live report] Autour de Lucie et Aline à l’Alhambra

29 mai 2013 | PAR Lucie Droga

Il faut croire que les prénoms féminins sont à la mode ces derniers temps : Aline, pour qui Christophe avait déjà chanté son amour il y a plus de vingt ans où Lucie, derrière qui se cache une certaine Valérie Leuillot, les femmes s’imposent comme des noms de groupe et donnent à voir une nouvelle ère de la musique française aussi bien pétillante et légère que mélancolique et sensuelle. C’est donc naturellement qu’Autour de Lucie ouvrait le concert d’Aline hier soir à l’Alhambra pour plus de deux heures de pop fraîchement menée. 

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Il est rare de voir des premières parties aussi bien menées; habituellement, le public attend avec impatience « la » tête d’affiche, dénigrant la plupart du temps les premières parties et n’hésitant pas à continuer la conversation avec leurs voisins si vraiment le groupe ne mérite pas plus qu’une oreille. Hier soir à l’Alhambra, on s’est pourtant demandé si le public n’était pas là essentiellement pour la première partie. Et pour cause, Autour de Lucie qui fêtait son retour musical, après plus de neuf ans d’absence. Valérie Leulliot et son acolyte Sébastien Lafargue accompagnés de leur batteur redonnaient ses lettres de noblesse à la musique française : ceux qui avaient parié sur la pop dans les années 90 et avaient osé des paroles en français ont une fois de plus prouvé que ce genre musical, loin de conquérir tout le monde, n’a pourtant rien de ridicule. Au contraire : dès son apparition, Valérie Leulliot se fait acclamer par un public déjà conquis. Ce petit bout de femme, fragile en apparence, entame chansons sur chansons, alternant entre des titres de leur dernier album sorti en 2004, Noyée dans la Masse, et ceux de leur 45 tour inédit, Ta Lumière Particulière/ Eyes Without A Face (une reprise de Billy Idol), sorti à l’occasion des Disquaires Day, le 20 avril dernier.

La magie s’opère naturellement, Valérie à la barre tient son monde d’une main de fer et c’est tout en douceur qu’elle donne à entendre la mélancolie de ses textes, dernière une musique qui se fait tantôt brutale, tantôt sensuelle comme sur « Le Dernier Mot », où se raconte les silences d’un couple. Le public se laisse volontairement embarquer grâce à des arrangements soignés qui donnent à voir un groupe proche de la maturité. Jouant sur la corde sensible, la voix de Valérie s’affirme sans artifice sur « Je Reviens » ou « Ta Lumière Particulière » devant un public admiratif qui ose à peine bouger. Un concert à fleur de peau réussi qui fait d’Autour de Lucie l’un des groupes pop français, à l’instar d’Holden, les plus convaincants de ces vingt dernières années.

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Le temps de reprendre ses esprits et de sortir difficilement d’une si belle mise en bouche et les cinq marseillais d’Aline débarquent sur scène, avec, en guise d’introduction, « Les Copains », chanson instrumentale sur laquelle se superpose une voix d’enfant lisant un poème. Une jolie entrée en matière qui se solde par un « Bonsoir l’Alhambra » assez froid mais suffisant pour réveiller la foule compacte dans les premiers rangs. Les huit chansons suivantes, de « Mauvais garçon » à « Deux hirondelles » en passant par la très attendue « Je bois et puis je danse » sont assez décevantes : se contentant du strict minimum, oubliant les claves sur une chanson où justement le public qui a déjà commencé à boire aimerait bien maintenant danser, les morceaux se succèdent sans réussir à convaincre le public. Seule la reprise de « Tout ce que je veux » du groupe français des années 80 Les Désaxés en hommage au guitariste Pierre Milkaïloff présent dans la salle, vaut le détour; le reste de cette première partie du concert est plutôt décevante et il faut dire que les musiciens ne donnent pas à voir une réelle envie de jouer.

Mais le soulagement s’opère finalement sur « Elle et moi », où l’on se rend véritablement compte que, si Aline ne cherche pas la poésie du texte, le groupe a le mérite de savoir manier les instruments avec une aisance et une habilité étonnantes. La raison se trouve peut-être du côté de leurs influences : à croire qu’Aline est tombée dans la marmite des Smiths, sans jamais pouvoir y ressortir. Les deux guitares sonnent exactement comme celle de Johnny Marr et le chanteur n’hésite pas à clamer haut et fort sa filiation avec Morrissey. Enervant pour certains, amusant et plaisant pour d’autres : on oublie les paroles sur « Elle m’oubliera » et on se concentre sur ce Charming Man, on bouge volontiers sur le très bon « Regarde le ciel » et « Teen whistle » finit par convaincre un public qui, au départ très mou, accepte enfin de bouger les jambes. S’ensuit le rappel, où Aline revient main dans la main avec Autour de Lucie : un moment émouvant, où les sept musiciens partagent la scène et une chanson, réclamée en partie par le public, « L’accord parfait », issu du premier album d’Autour de Lucie, L’échappée belle. La voix chaude de Valérie s’accorde à merveille avec le voix tranchante du chanteur d’Aline pour le plus grand plaisir du public et merci Aline, rarement on a eu l’occasion de retrouver une première partie une fois leur temps écoulé.

« Les Copains » se fait entendre une dernière fois pour clôturer un concert cyclique : le public sort plutôt satisfait d’avoir pu entendre dans la même soirée deux groupes qui, et c’est rare, ne font pas honte à la pop française si durement critiquée :  et si Autour de Lucie sont de bien meilleurs paroliers que leur copain, Aline a quand même le mérite de faire trémousser les foules grâce à des morceaux efficaces et printaniers.

http://www.youtube.com/watch?v=bCqaxnoc-pY
http://www.youtube.com/watch?v=gYFGswO6ZvE

Visuels : (c) capture d’écran du site voir.ça / pochette de Regarde le ciel d’Aline

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Lucie Droga

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