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« Masculin/Masculin, L’homme nu dans l’art de 1800 à nos jours » au musée d’Orsay

« Masculin/Masculin, L’homme nu dans l’art de 1800 à nos jours » au musée d’Orsay

23 septembre 2013 | PAR Géraldine Bretault

Selon la volonté du président du musée d’Orsay, également commissaire de cette exposition aux côtés de quatre acolytes, le musée renoue avec les grands sujets transversaux. Après « Crime et châtiment« , « L’Impressionnisme et la mode » et « L’Ange du bizarre« , place au nu masculin. Décryptage.

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Une fois posé le principe de la transversalité et de la transdisciplinarité (peinture, sculpture et photographie), gageons que les réunions préiliminaires du commissariat ont dû être de vrais casse-tête. Quels angles d’approche privilégier, quels médiums mettre en avant, quelles œuvres solliciter auprès des musées et  collectionneurs sans éluder le sujet de la censure ? Et oui, si le nu est féminin est devenu omniprésent jusqu’à saturer complètement notre imaginaire, le nu masculin reste timide.

D’abord, il y a nu et nu, comme le dit si bien l’anglais pudique qui fait la distinction entre le nude (nu) du naked (déshabillé). Ensuite, un canon immuable depuis la nuit des temps. L’idéal de beauté masculin semble imperméable à toutes les modes. Si le corps peut se dégrader avec l’âge (voir l’étude de nu de Balzac par Rodin), ou le laisser-aller (les postures désabusées des modèles de Lucian Freud), le canon de l’homme élancé, à la musculature dessinée ne connaît pas de variante.

C’est sous cet angle que le parcours de l’exposition prend son sens : en s’inscrivant dans la réflexion menée par les gender studies, il parvient à montrer que si le canon est invariant, c’est parce que le corps de l’homme a longtemps été un support de représentation symbolique, que ce soit à travers la figure du héros, l’homme de la nation, l’homme saint ou martyre, etc., tandis que la femme demeurait l’éternel objet du désir, le support de projection des fanstasmes masculins qui, eux, ont varié avec l’évolution des mœurs.

Si l’homosexualité est aussi présente dans l’exposition, elle apparaît plutôt dans la photographie, l’irruption de ce médium dans la seconde moitié du XIXe siècle ayant coïncidé avec les prémices de la lutte pour la reconnaissance et les droits des homosexuels.

Vous l’aurez compris, le sujet est passionnant mais éminement complexe, et il n’est pas toujours aisé de comprendre ce que recouvrent les différentes sections : ainsi, la section du Nu héroïque qui succède à la première sur L’idéal classique pourrait sembler redondante, alors que la première traite du nu guerrier, des corps en mouvement et en position de force, tandis que le nu classique décrit ici les représentations académiques de modèles statiques. La section suivante, intitulée les Dieux du stade, s’intéresse en réalité à la récupération des vertus athlétiques du corps masculin par les différents nationalismes du XIXe siècle, et ainsi de suite.

Le parcours vous fera donc voyager dans toute l’Europe, mais aussi outre-Atlantique, en intérieur et en plein air, et jusque dans l’au-delà. Une transversalité assumée qui a également le mérite de redistribuer les cartes de la bienséance : des chefs-d’œuvre (un superbe tryptique de Bacon, le célèbre Jeune homme nu au bord de la mer de Flandrin) côtoient des œuvres méconnues, et les nus les plus académiques sont interrogés par le kitsch revendiqué du travail de Pierre et Gilles…

En conclusion, nous ne saurions que vous recommander de profiter des différents dispositifs de médiation pour tirer pleinement profit de votre visite. Et vive le nu masculin !

Visuels : Abel, 1874-75, Camille Félix Bellanger, © Musée d’Orsay, RMN / Patrice Schmidt
Lutte de deux hommes nus, 1887,  Eadweard Muybridge © Musée d’Orsay, RMN / Alexis Brandt
Le Berger Pâris, 1787, Jean Baptiste Frédéric Desmarais © MBAC
Baigneurs, vers 1890, Cézanne © Musée d’Orsay, RMN / Hervé Lewandowski
Coup de grisou, entre 1892 et 1896, Henri Greber © Musée d’Orsay, RMN / Franck Raux
Mercure, 2001, Pierre et Gilles © Galerie Jérôme de Noirmont

Infos pratiques

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Géraldine Bretault
Diplômée de l'École du Louvre en histoire de l'art et en muséologie, Géraldine Bretault est conférencière, traductrice et rédactrice dans le secteur culturel, collaboratrice régulière de l'ICOM, des Rencontres d'Arles, de la revue de design Etapes. Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France et du Syndicat de la critique de théâtre, musique et danse, elle a rejoint l'aventure de Toute La Culture en 2011, autour des rubriques Danse, Expos et Littérature. Elle a par ailleurs séjourné à Milan (2000) et à New York (2001, 2009-2011), où elle officiait en tant que Docent au Museum of Arts and Design et au New Museum of Contemporary Art.

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