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« L’Ange du bizarre » au Musée d’Orsay : la femme fatale au cœur du romantisme noir

« L’Ange du bizarre » au Musée d’Orsay : la femme fatale au cœur du romantisme noir

04 mars 2013 | PAR Amelie Blaustein Niddam

L’Ange du Bizarre, c’est le nom d’une nouvelle d’Allan Edgar Poe. C’est aujourd’hui le nom d’une exposition qui fait escale au Musée d’Orsay après un premier stop au Städel Museum de Francfort-sur-le Main. Entrez dans les sombres entrailles où se nichent momies, sorcières ou méduses. Tremblez maintenant !

200 œuvres sont ici rassemblées dans une vaste exposition qui fait la part belle à un noir féminin. Sur les murs bleu canard, il faut s’approcher pour déguster les eaux fortes de Goya qui nous emmènent dans des festins cannibales. Le parcours est chronologique, de Goya, justement, à Ernst. Il vient dire qu’à chaque rupture sociétale, guerre de 1871, Première et Seconde Guerre Mondiale, l’art – peinture, sculpture, aquarelle, estampes, cinéma – vient chercher dans ses entrailles un refuge effrayant. Le beau n’est pas toujours au rendez-vous dans ces inquiétantes forêts, mais il s’y passe toujours quelque chose. Une apparition à la longue chevelure rousse chez Moritz von Schwind nous fait comprendre dès le début que les femmes sont ici les héroïnes (Apparition dans la forêt).

Si elles souffrent parfois (on entend le cri de la fiancée de Frankenstein retentir tout le long), elles agissent souvent en étant possédées. Par la folie, dans Rebecca ici projeté, ou dans la victimisation d’Éternelle douleur, sculpture tentaculaire de Paul Dardé. Ici, c’est la prostitution qui est représentée dans l’imaginaire de la Méduse freudienne, inquiétante castration. Paul Dardé vient dénoncer le cercle vicieux par lequel la société diabolise les prostituées.

La fatalité est totale quand les titres des œuvres s’emmêlent : L’idole de la perversité de Jean Deville ou Eve et Méduse ne font qu’une maléfique et solaire muse. La femme est Vampire, rousse encore, chez Edward Munch, accrochée au cou de son aimé. Mais c’est sans doute dans les deux plus belles toiles de l’exposition que la grande tentatrice se trouve. D’abord chez Franz von Stuck, pour une toile limpidement nommée Le Péché ; brune dorée aux cheveux bleus et au cobra attaché à son corps. Sexy, la fille… Mais attention aux apparences trompeuses, la mort est belle chez Carlos Schwabe. Dans l’aquarelle La Mort et le Fossoyeur, elle déploie ses ailes, garde dans sa main une boule de feu prête à abattre l’homme à la barbe blanche, dans un coup… fatal !

Visuels :

Carlos Schwabe (1866-1926), La Mort et le Fossoyeur, 1900, aquarelle, gouache et mine de plomb, H. 76 ; L. 56 cm, Paris, musée d’Orsay, conservé au département des Arts graphiques du musée du Louvre, Legs Michonis, 1902 © RMN (Musée d’Orsay) / Jean-Gilles Berizzi

Lucien Levy-Dhurmer (1865-1953), Méduse, dit aussi La Vague furieuse, 1897, pastel et fusain sur papier, 59 x 40 cm, Paris, musée d’Orsay, RF 35502 © RMN (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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