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Musique et cinéma mis à l’honneur par Ibrahim Maalouf et son orchestre au musée d’Orsay : master class et ciné-concert

Musique et cinéma mis à l’honneur par Ibrahim Maalouf et son orchestre au musée d’Orsay : master class et ciné-concert

17 janvier 2022 | PAR Orane Auriau

Un samedi au musée d’Orsay rythmé par l’oeuvre et la créativité d’Ibrahim Maalouf, à l’occasion de l’exposition « Enfin le cinéma!« . Le trompettiste connu pour son empreinte dans le monde du jazz, aussi compositeur de musique de film, nous a proposé ce 15 janvier une master class sur ce genre – et cerise sur le gâteau, le concert inaugural de son tout nouvel orchestre d’improvisation classique, dans l’écrin de l’institution. 

 

Un point d’orgue de son oeuvre : la musique de film

En cet après-midi de janvier, Ibrahim Maalouf endosse sa casquette de professeur pour nous initier à la composition de musique de film : entre passage à l’écran de l’image de ses longs-métrages, accompagnement de son piano et de son « mac » au sein de l’auditorium. On le découvre aussi amoureux de la musique classique, pétri par ses compositeurs référents : une autre facette de cet artiste qui sait maîtriser et mélanger les genres, s’adaptant ainsi à l’esthétique de chacun des films sur lesquels il s’est engagé (Les forêts de Sibérie, Vers la lumière, Yves-Saint-Laurent, Celle que vous croyez). Entre explications passionnées et anecdotes amusantes, il convie le public dans son univers. Il présente ainsi son travail, déroule l’histoire de ses collaborations. La bande originale est finalement envisagée comme une co-réalisation, un langage à part entier au sein d’une oeuvre cinématographique. L’écouter jouer sur scène non pas lors d’un show, mais bien d’une « classe » -qui engage un dialogue avec son public- a alors une autre saveur, renouvelle le rapport que nous entretenons avec son oeuvre. 

 

Le ciné-concert : l’inauguration de l’orchestre d’improvisation d’Ibrahim Maalouf 

A l’occasion de la fin de l’exposition « Enfin le cinéma! Arts, images et spectacles en France (1833-1907) », qui retrace les débuts du cinéma, Ibrahim Maalouf et son orchestre ont joué sur la projection du Fantômas de 1913, « La mort qui tue » – le troisième volet de Louis Feuillade. Du jazz? Non. Ibrahim Maalouf s’est voulu ambitieux en proposant « une expérience qui n’a jamais été faite auparavant » : un orchestre d’improvisation mais de formation classique, le Free Spirit Ensemble, qui a inauguré son premier concert dans ce cadre magnifique qu’est la grande nef du musée d’Orsay. On ne pouvait rêver mieux. 

L’ambition est claire, le compositeur et musicien souhaite faire bouger les lignes d’une discipline aux codes bien précis, dans un univers aucunement orienté vers la pratique de l’improvisation. Avec cette volonté de redéfinir ce qu’est la musique classique, qu’il aime mais dont les « limites » semblent parfois l’étouffer. Un résultat surprenant mais époustouflant, qui embellit le genre hors de ses carcans. Les musiciens qui se placent et se déplacent librement subliment le film de Feuillade, nous transportant dans l’ambiance de ce Paris disparu d’il y a un siècle : la musique instillant l’angoisse lors des apparitions de Fantômas, le suspens, les frissons, la terreur qu’il impose sur les autres protagonistes du film, dans ce show grandiose de plus d’une heure. Un pari osé et réussi qui a mis sur pied un orchestre singulier, que son créateur souhaite voir perdurer dans le temps. Une idée qu’il mûrissait de longue date, mais qu’il a concrétisée il y a de cela un an. 

Une formation orchestrale libre

Les débuts de cette formation coïncident avec la sortie de son nouvel ouvrage, « Petite philosophie de l’improvisation ». Lors de ce concert, l’écoute entre les musiciens a remplacé les partitions, absentes de la scène. Ils vivent au rythme de leur instrument, et non du texte d’un tiers compositeur. Ils expérimentent. On s’autorise enfin à penser que l’erreur puisse arriver. Ils se trouvent conjointement avec le public dans l’instant présent du film, écrivant leur propre scénario avec leurs notes. Ca s’emballe lors les moments d’action, ça nous plonge dans l’ambiance de cette séance particulière. Exceptionnellement, une formation classique laisse enfin la place à l’impromptu et la surprise. Il y a ce moment hilarant où la harpiste décide de traîner lourdement son instrument jusqu’au centre de la scène, distrayant l’attention du film et de la musique un court instant. Du jamais vu. 

 

Visuel : Ciné-concert. Courtesy Sophie Crépy, le musée d’Orsay

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Orane Auriau

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