Arts

Crime et châtiment au musée d’Orsay

17 mars 2010 | PAR Coline Crance

Au musée d’Orsay du 16 mars au 10 juin, on poignarde, on brûle, on décapite ! Exposition foisonnante et fascinante qui propose un voyage dans la représentation du mal dans l’art de 1791, avec la mise en place de « la mort égalitaire pour tous », la guillotine, à  1939 .

 L’exposition est intelligemment construite. Elle offre dès le début des définitions et des pistes des réflexions pour le visiteur sur les différents types de crimes, leurs teneurs , leurs jugements. il ouvre surtout directement sur une réflexion sur la définition du « Mal » en tant qu’absolu, gage d’aspiration de tous les artistes mais aussi sa représentation et l’évolution de cette notion à travers les siècles. Le Mal est-il inné à l’homme ? Dieu a-t-il créé le mal pour que l’homme puisse exprimer sa liberté et la valeur morale de ses choix ? Et si dieu n’existe pas , faut-il alors juger l’acte d’une personne comme amoral , mauvaise donc passible d’être puni par la loi ? Et si l’homme est privé de sa raison, doit-il être jugé par la même loi que tout autre criminel ? … Quelle est la nature de cette justice qui a elle-même pendant longtemps tué l’homme ? Entre fascination et frisson, le spectateur est heurté à chaque tableau, moulure de tête , guillotine recouverte d’une jolie couverture noire, à ces questions que l’exposition met en lumière de façon extrêmement ludique par le jeu et la mise en parallèle de nombreux tableaux, extraits de livres ou coupures de journaux de faits divers ..

Les artistes plus que tout autre sont fascinés par cet interdit, cette puissance transgressive qui se dégage chez le meurtrier . Caïn, homme révolté contre dieu, homme pêcheur prend une toute autre dimension chez les artistes de la fin du 18e siècle. Avant « mal absolu », il devient aussi et avant tout, l’homme qui se dresse contre une puissance divine, un homme libre. Autre que les grandes figures bibliques pécheresse , tel que Salomé, Ève, arrive en premier plan dans l’inspiration artistique , le personnage de Charlotte Corday. Que ce soit Baudry ou Munch, Charlotte Corday ne perd ni de sa beauté et ni de sa détermination. Son visage peint sur de grandes huiles sur toile reflète toujours cette même folie, cette même décision de tuer celui que l’on appelait l’œil du peuple.

Le mal est donc fascination, obsession, rejet , mais toujours source d’inspiration de ses artistes qui par leurs toiles , leurs écrits, louent ou blâment mais surtout observent la façon dont la société elle-même juge, punit et tue.

1791 et la guillotine sont le début d’une société qui met elle-même en scène la mort. La mort se fait spectacle. La monotonie des châtiments ,la guillotine, les garrotages peints par Goya, les pendaisons par Guéricault ou encore la chaise électrique de Warhol, choix donc assez limités,  se compense par la grande variété des meurtres aux 19e et 20e toujours bien relayés par la presse.  Les faits divers, le goût du macabre attirent les foules, nombreuses, pour observer cette tête tombée dans un bruit sourd dans le panier posé en dessous à cet effet, émettant bien souvent un dernier petit tressautement , pour le grand plaisir et  frayeur de la foule. L’homme uni , un au sein d’une nation une et indivisible , devient un être découpable, morceau de chair vive pour la science selon les réflexions de Jean Clair . Il devient une tête que l’on photographie, que l’on fiche et répertorie sous l’impulsion des travaux de Berthillon, comme si conserver l’image du criminel était une manière de figer, d’identifier le visage du mal..

Mais qu’en est-il alors du mal , s’il perd lui-même son sens ? le mal alors prend l’image de la folie, une folie , elle aussi obsédante , fascinante quand elle se met soudainement à tuer sans limite, gage de la perte de tout contrôle humain. Elle devient pour Breton ou même Georges Bataille un vrai gage d’acte de surréalisme pour l’un et de beauté lascive pour le second. Mais elle pose aussi le problème, voir prive de la capacité de la loi elle-même de juger en toute impunité.

 

Quoi qu’il en soit à la fin de l’exposition vous pouvez soit décider d’aller une nouvelle fois observer la machine à tuer de Monsieur Guillotin ou bien d’aller respirer au premier étage et voir les toiles du maître hollandais Meijer de Haan qui vous propose un voyage au cœur de la Bretagne en compagnie de Gauguin et du courant impressionniste de la fin du 19e siècle !

Infos pratiques

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Coline Crance

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